Mort à tous les étages

M
Duane Swierczynski

Mort à tous les étages

États-Unis (2008) – Rivages (2015)


Traduction de Sophie Aslanides

David Murphy, patron d'une entreprise financière de Philadelphie, faux nez d'un mystérieux service secret, convoque son staff un samedi matin avec en tête de tous les faire disparaître. Il est toutefois pris de vitesse par son assistante, qui poursuit le même but, mais pour des raisons autres.

Mort à tous les étages commence par un homme qui passe en quelques instants de la plus grande félicité conjugale à la compréhension tardive qu'il a épousé un monstre. Sa moitié vient de faire là, un peu en avance remarque-t-elle, son premier cadavre d'un samedi pas comme les autres.

Ce jour-là, sept personnes rejoignent leur patron, au 36ème étage du 1919 Market Street. Ce dernier a reçu l'ordre de tous les faire disparaître, et les locaux avec. Portes verrouillées et piégées au gaz sarin, ascenseurs impraticables, lignes téléphoniques coupées et réseau brouillé, tout devait se passer dans le calme, champagne empoisonné aidant. C'était sans compter sur notre charmante Américaine moyenne, assistante quasi-invisible de Murphy, qui l'abat – sans le tuer – d'une balle dans la tête après qu'il eut révélé ses intentions.

Cela ne sauve pas le groupe pour autant puisque Molly l'assistante est là en mission, ou plutôt en entretien d'évaluation. À 6 000 km de là, un homme, plus ou moins chargé des recrutements au CI-6 – mais qui est vraiment chargé de quelque chose dans cette officine ? – observe ses exploits par caméras interposées, en suivant une liste d'élimination qu'elle lui a communiquée, du plus dangereux au plus inoffensif.

Tout ne se passe évidemment pas comme prévu et la tueuse doit faire preuve de capacités d'adaptation constantes pour éliminer un à un et dans l'ordre indiqué, des personnes qu'elle ne peut plus prendre par surprise. Mort à tous les étages joue la carte du gore et de l'excès en permanence, ressuscitant celle-ci qui était quasiment morte, faisant durer celui-là avec une moitié de crâne en moins, conférant à la tueuse une force/souplesse/agilité/implacabilité irréelle pour qu'elle puisse achever sa mission.

Duane Swierczynski massacre ces personnages, tout en tenant à distance le macabre des situations et leur invraisemblance par un sous-texte humoristique permanent. Cela m'a fait immanquablement penser au What's Buzzin' Buzzard l'un des cartoons les plus drôles et les plus violents de Tex Avery [1]. Comme dans le dessin animé, toute cette débauche d'efforts ne servira à rien.

Jusqu'au clin d'œil final qui prolongera un peu plus le cauchemar.

Chroniqué par Philippe Cottet le 13/12/2015



Notes :

[1] Une chasse au lapin ratée oblige deux busards affamés à tenter de dévorer l'autre, dans une débauche exponentielle de violence réciproque. What's Buzzin' Buzzard sur Dailymotion.

Illustration de cette page : Illustration tirée du roman

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Cedar! de Walton Cedar (Trio, Quartet & Quintet) – (1967 - 1990, Remaster)