La Dame

L
Richard Stark

La Dame

États-Unis (1969) – Rivages (1993)


Traduction de Marie-Caroline Aubert

Alan Grofield est appelé pour un travail mystérieux à Porto Rico, ce qui excite sa curiosité. Il y rencontre Belle Danamato, arrogante quadragénaire qui souhaite faire de lui son garde du corps, mais cela ne se passe pas très bien entre eux. La nuit, Belle est assassinée par l'un des hôtes de la maison. Le problème est qu'elle était l'épouse d'un redoutable gangster qui, dès le matin, veut venger sa mort.

Les quatre romans mettant en scène Alan Grofield sont un peu une passerelle entre l'univers de Richard Stark et celui de Donald Westlake : dans un monde violent et sans pitié survit un héros décontracté, drôle et jouisseur, l'antithèse du froid et méthodique Parker ou de l'organisé et malchanceux Dortmunder.

Quittant le lit d'une belle Mexicaine qui ira porter une valise pleine d'argent à son épouse, Grofield, acteur et voleur, se retrouve donc, par pure curiosité, face à Belle Danamato. Il la déteste dès les premiers instants, il la menace même pour faire taire le bloc d'arrogance dont semble être faite entièrement cette femme. Lors du crime, les soupçons de la maisonnée n'auront aucune peine à s'abattre sur lui et à le désigner à la douleur vengeresse du gangster.

Stark en profite pour ouvrir une fenêtre assez drôle, celle d'un whodunit où Alan Grofield, principal suspect, interroge les autres occupants de la demeure à la façon d'un Hercule Poirot, sous le regard ahuri d'un Danamato étroit d'esprit et tout à fait perdu. Notre cabotin improvise et se déchaîne pour faire porter le doute sur tous les autres, embrouillant les jugements, déstabilisant les alibis. Insuffisant hélas ! pour le tirer d'affaire, mais le lecteur a passé un bon moment. Il est prêt pour une chasse à l'homme dans la chaleur humide de la forêt tropicale.

Dans ces moments où il est cerné par des tueurs entrainés, Grofield redevient le professionnel avec qui Parker aime travailler, lucide, organisé, astucieux, anticipateur. Cela ne l'empêche pas de lorgner sur les formes de la jeune femme qui l'accompagne dans sa fuite, mais il sait alors différer sa concupiscence. Avec cette pointe de détachement permanent de son héros à l'égard des choses, Stark peut composer des romans tout à la fois lourds et menaçants, légers et insouciants.

Comme le dit si bien de lui-même Grofield : « Je ne suis pas un endroit où il fait bon vivre, mais je suis un endroit agréable à visiter. » C'est bien ce qu'est La Dame, un moment de détente, sucré-salé et sans conséquence.

Chroniqué par Philippe Cottet le 04/09/2011



Notes :

[1] Lors de l'attaque de Copper Canyon (in En coupe réglée) il avait mis en péril toute l'équipée pour une question de braguette trop vite baissée.

Illustration de cette page : Yokahu tower dans la forêt tropicale de Puerto Rico.

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Paix de Catherine Ribeiro + Alpes (Philips - 1972)