Firebreak

F
Richard Stark

Firebreak

États-Unis (2001) – Rivages (2005)


Traduction de Marie-Caroline Aubert

Venus pour les sanitaires en or d'un richard (point) com, Wiss et Elkins ont la surprise de découvrir, dissimulé dans le sous-sol de sa demeure du Montana, un musée secret dans lequel sont conservées des toiles de maîtres qu'ils ont eux-mêmes dérobées quelques mois plus tôt. Malheureusement, leur incursion a déclenché une alarme et leurs deux complices se font poisser. Pour éviter qu'ils ne parlent, il faut payer rapidement leur caution. Le seul fric à portée de main semble être ces peintures.

Après presque trente ans d'inactivité, Parker, voleur et tueur implacable (qui était un peu la face sombre de John Dortmunder, autre monte-en-l'air du romancier, celui-là drôle et malchanceux) était ressorti du placard par Richard Stark, pour une série de cinq livres dont les titres s'emboitaient ou se répondaient et qui revisitaient les grands thèmes des histoires de truands. Firebreak, dont le sujet central est la vengeance, est le quatrième roman de ce revival.

La sécurité ayant été renforcée depuis leur première tentative, les deux artistes de la cambriole doivent monter une équipe pour tenter le coup et ils font donc appel à Larry Lloyd – petit génie de l'informatique seul susceptible de percer les défenses de la demeure –, et à Parker, organisateur né capable de garder son sang-froid en toute circonstance.

Quand ils prennent contact avec Parker, celui-ci est tranquillement en train d'étrangler un inconnu dans le garage de sa maison de Colliver Pond. Ce n'est pas la première fois que l'on voit le héros de Richard Stark tuer quelqu'un dans les premières pages, mais dans Firebreak, il le fait dès les premiers mots.

L'homme se révèle être un tueur professionnel, accompagné d'un dispositif de surveillance de la vie de Parker très proche, trop proche. Intéressé par le projet de Wiss et Elkins, ce dernier ne peut pourtant s'y engager sans avoir réglé la question de l'assassin et de ses commanditaires. Dans le même temps, Lloyd, l'élément amateur habituel des romans du cycle, éprouve pas mal de rancœur à l'égard de son meilleur ami et de son entourage, qui l'ont dépouillé de ses droits. Au contact de la bande et surtout de Parker, il commence à s'endurcir, prend des risques et envisage même l'hypothèse de se venger.

La plus grande partie de Firebreak est donc occupée par deux arcs narratifs ayant pour thème la vengeance, car c'est bien pour ce motif que l'on veut tuer notre héros. Toujours implacable, celui-ci remonte la piste jusqu'à retourner contre les vengeurs, d'une façon ironique et spectaculaire, leur propre violence meurtrière. Cette partie et celle de la montée en puissance du personnage de Lloyd, qui de génie informatique bascule définitivement dans le crime, sont particulièrement efficaces. Elles rendent un peu artificiel, forcé tant il est incroyable, le final dans le Montana où seront finalement dérobés les tableaux.

Firebreak est intéressant en ce qu'il commence à dévoiler l'anachronisme de ces truands à l'ancienne dans un monde envahi par la surveillance vidéo et l'électronique, par où passeront demain toutes les transactions. Il ne s'agit plus maintenant pour Parker de survivre seul face à des groupes de plus en plus organisés, mais de pouvoir adapter ses pratiques à une société en mutation où les vrais desperados ne seront même plus des comptables, comme dans The Hunter, mais des traders devant leurs écrans.

Chroniqué par Philippe Cottet le 26/09/2011



Illustration de cette page : Paysage du Montana