En coupe réglée

E
Richard Stark

En coupe réglée

États-Unis (1964) – Série Noire Gallimard (1965)

Titre original : The score
Traduction de M. Elfvik

Alors qu'il s'ennuie quelque peu en Floride, Parker est appelé sur un coup qui nécessite ses talents de stratège et de meneur d'hommes : ni plus ni moins que le braquage d'une ville entière, en six heures de temps ! Seule ombre au tableau, l'homme qui a apporté l'affaire, demi-sel qui connait parfaitement Copper Canyon et ses habitudes, mais dont la motivation ne semble pas être le seul butin.

En coupe réglée n'échappe par à ce qui fait le charme des histoires du cycle Parker : une sensation de lire presque toujours la même histoire, tout le plaisir se trouvant dans la nuance de ce presque.

Ici, c'est l'enjeu du coup qui donne toute la dimension à un récit dont la structure est plutôt classique : une ville entière, coincée dans un cul de sac dans le Dakota du Nord, dont l'unique voie d'accès est contrôlée par une caserne de la police d'État. Comme toujours, le maillon incertain reste l'apporteur de l'affaire, ce gars pas du métier que Stark montre souvent gaffeur, imprudent ou par trop dominé par ses émotions.

Edgars est un peu tout cela. Parker et les autres, tout à la préparation quasi militaire du braquage, finissent par oublier leurs craintes, ce qui va permettre à Richard Stark de nous offrir un final grandiose.

En attendant, il prend soin de détailler quelques-uns de ses malfrats qui ne sont pas tous faits sur le même moule que son inflexible héros. En coupe réglée propose donc une galerie de portraits habilement troussés, de l'extraverti Grofield – comédien raté, qui entend ramener de Copper Canyon son propre butin – à l'anxieux Paulus – le malade du contrôle qui ne supporte pas l'attente – ou encore le violent Chambers, qui rêve de coup et de tuerie et guette une erreur de ceux dont il a la charge pour passer à l'acte. Sans compter deux charmantes souris qui s'imposent dans le paysage, bien plus futées que se l'imaginent les douze hommes du commando. Et un gamin qui, fatigué par sa petite amie dont les parents sont en voyage, se retrouve à traverser la ville au mauvais moment.

Sorti de son rôle de solitaire, Parker se révèle un leader efficace, ingénieux et capable de s'appuyer sur les forces et qualités de ses comparses. Soucieux de ne pas agir avec violence contre la population, on le voit néanmoins exécuter dans les premières pages un type maladroit qui le filait. Parker est heureusement faillible, sinon il n'y aurait pas d'histoire, et c'est à travers cette faille que Stark peut introduire le spectaculaire déchaînement final.

En coupe réglée est un efficace, excellent et réjouissant roman de gangsters.

Une adaptation pour le cinéma de The score, sous le titre de Mise à sac, a été faite en 1967 par Alain Cavalier. On peut lire ici la chronique que je lui ai consacrée.

Chroniqué par Philippe Cottet le 03/09/2011



Illustrations de cette page : Couverture d'une édtion de poche de The score