Comeback

C
Richard Stark

Comeback

États-Unis (1997) – Rivages (1998)


Traduction de Jean Esch

Près d'un demi-million de dollars, c'est ce que doit rapporter le braquage de ce stade où un célèbre prédicateur a rassemblé ses ouailles. Mais, au dernier moment, le bénévole qui a indiqué le coup à Parker et sa bande leur annonce qu'il a tout raconté à sa petite amie, deux mille kilomètres au sud, et que l'affaire est maintenant trop risquée. Le vol se passe pourtant à la perfection. C'est en pleine nuit que les ennuis commencent, quand Parker se retrouve nez à nez avec la gueule d'un fusil que tient George Liss, l'un de ses complices.

Après presque trente ans d'inactivité, Parker, voleur et tueur implacable (qui était un peu la face sombre de John Dortmunder, autre monte-en-l'air du romancier, celui-là drôle et malchanceux) était ressorti du placard par Richard Stark, pour une série de cinq livres dont les titres s'emboitaient ou se répondaient et qui revisitaient les grands thèmes des histoires de truands. Comeback, dont le sujet central est sans doute la trahison, est le roman introductif de ce revival.

Si notre héros est un solitaire, c'est d'abord parce que l'honnêteté n'est pas une des qualités les mieux partagées de son univers professionnel et que la méfiance est une règle élémentaire de survie.

Comeback commence de façon assez classique par un braquage dans lequel le demi-sel qui a apporté l'affaire s'effondre devant l'obstacle. Tout à l'ivresse de sa trahison à l'égard du prédicateur Archibald qu'il accuse – à raison – d'escroquer le pauvre monde, Tom Carmody a tenu sa petite amie au courant de tous les détails du hold-up. Tétanisé par l'enjeu, il se sent obligé de l'avouer à ses redoutables complices qui préfèrent passer outre et faire main basse sur la recette.

Seulement, les indiscrétions de Carmody ont éveillé l'intérêt de trois voyoux aussi stupides que brutaux, qui pensent être assez futés pour pouvoir voler les voleurs. Sauf que l'un de ceux-ci avait eu un peu plus tôt la même idée, vite dissuadé par Parker qui hésita à l'éliminer, par crainte d'attirer l'attention sur leur planque. Quand au volé, savoureux personnage d'escroc, il est prêt à tout pour récupérer son magot.

Si vous ajoutez, pour compléter cet imbroglio, des flics dans toute la ville, un lieutenant de police sadique et le chef de la sécurité d'Archibald, plutôt malin, mais qui, avec Parker, a tiré un numéro auquel l'armée ne l'avait pas préparé, vous obtenez un récit dynamique, éclaté entre tous ces gens se courant les uns après les autres, et dont il faut souligner l'extrême violence et la noirceur.

Le seul personnage qui fait preuve d'un éclair de compassion est Brenda, la compagne de Mackey, quand elle entend retourner chercher Parker, mais c'est surtout parce qu'elle pense à demain, comme une dette à payer en retour si, un jour, son homme avait besoin d'aide. Une fois séparé des Mackey et de l'argent, Parker a d'ailleurs fondé toute sa stratégie sur la logique et l'intelligence de la jeune femme plutôt que sur la façon de penser de son habituel complice. Tous les autres, sinon, sont des filous dangereux, sans morale et sans pitié. Le final de Comeback, qui met aux prises George et notre voleur dans une quasi-obscurité, est un joli point d'orgue, lugubre et mortel.

Bienvenue du côté sombre de l'aimable Donald E. Westlake.

Chroniqué par Philippe Cottet le 16/09/2011



Illustration de cette page : Prédicateur

Musique écoutée pendant l'écriture de cette chronique : Disraeli Gears de Cream (Reaction - 1967)