Breakout

B
Richard Stark

Breakout

États-Unis (2002) – Rivages (2008)


Traduction d'Emmanuel Pailler

Pour ne pas avoir choisi lui-même le régional de l'étape du casse d'un important entrepôt, Parker est attrapé par la police et transféré dans une prison du Midwest, séparé de ses complices qui risquent de le charger et sous la menace d'un transfert en Californie où il serait poursuivi pour le meurtre, ancien, d'un maton. Aidé d'Ed Mackey, il organise son évasion.

Après presque trente ans d'inactivité, Parker, voleur et tueur implacable (qui était un peu la face sombre de John Dortmunder, autre monte-en-l'air du romancier, celui-là drôle et malchanceux) était ressorti du placard par Richard Stark, pour une série de cinq livres dont les titres s'emboitaient ou se répondaient et qui revisitaient les grands thèmes des histoires de truands. Breakout, roman d'évasion, est le cinquième et dernier de ce revival.

Parker est un solitaire, un individualiste forcené. Son métier l'oblige pourtant à travailler en équipe, qu'il ne peut pas toujours composer à sa guise, selon qu'il est ou non l'instigateur du coup. Une bonne partie du cycle romanesque conçu par Stark / Westlake repose donc sur les défaillances de ces éléments que le malfrat n'a pas choisis (ou acceptés du bout des lèvres), parfois des gens ordinaires qui, par convoitise, vengeance ou quelque autre motif, se retrouvent associés à l'opération.

Dans Breakout, c'est un petit voyou local bête comme ses pieds qui va précipiter la chute des casseurs. Une fois en prison, les impératifs de survie de Parker sont les mêmes qu'à l'extérieur : former rapidement la meilleure équipe possible autour de lui pour réussir son évasion. Un peu de psychologie, mais surtout beaucoup de recommandations venues du dehors sont nécessaires pour rassembler trois hommes et instiller entre eux le minimum de confiance indispensable à leur réussite.

Richard Stark montre comment ces alliances toutes temporaires créent entre les truands un certain nombre de sujétions, d'obligations qui peuvent leur faire oublier la prudence que leur guide leur instinct. Astucieusement, le romancier construit son récit en trois affaires successives organisées comme des matriochkas, ces emboîtements de poupées russes de plus en plus petites, dans lesquelles les protagonistes de Breakout se retrouvent enfermés.

Condamné à improviser en permanence, Parker est presque aussi bon que dans la planification de ses casses. Même si l'on sait que Stark sauvera son héros au bout du compte, Breakout est mené avec suffisamment de tournants et de surprises pour garantir une lecture divertissante.

Chroniqué par Philippe Cottet le 21/08/2011



Illustration de cette page : Porte de prison