Backflash

B
Richard Stark

Backflash

États-Unis (1998) – Rivages (1998)


Ttraduction de Danièle et Pierre Bondil

Parker a hésité à tuer Howell, l'un de ses complices sur son dernier coup, incarcéré dans leur voiture accidentée. De retour chez Claire, il reçoit un mystérieux coup de fil d'un homme nommé Cathman, qui se réclame d'Howell et lui propose une affaire rémunératrice et risquée : le braquage d'un casino flottant sur l'Hudson. La perspective d'un butin tout en liquide l'emporte sur les difficultés de la préparation et les ennuis futurs que subodorent Parker. Et il n'a encore rien vu !

Après presque trente ans d'inactivité, Parker, voleur et tueur implacable (qui était un peu la face sombre de John Dortmunder, autre monte-en-l'air du romancier, celui-là drôle et malchanceux) était ressorti du placard par Richard Stark, pour une série de cinq livres dont les titres s'emboitaient ou se répondaient et qui revisitaient les grands thèmes des histoires de truands. Backflash, escroquerie et braquage d'un lieu d'où il est difficile de s'échapper, était le deuxième roman de ce revival.

Backflash est un cocktail parfaitement dosé d'éléments que l'on pouvait rencontrer dans le cycle avant son interruption : un coup audacieux dans un endroit d'où l'on ne peut fuir facilement, gardé par des hommes armés, combiné à une menace sur l'identité et le lieu de repli de Parker. Sans oublier, naturellement, les impondérables qui risquent à chaque fois de transformer le casse en catastrophe.

L'apporteur de l'affaire constitue comme toujours un maillon faible. Parker est obligé d'avancer sans avoir résolu ce problème, parce que Cathman est totalement illisible. Veuf et retraité, honnête homme jusqu'à présent, l'argent ne peut être le motif de sa conduite même s'il lui permettrait sans doute de mieux vivre. Richard Stark en profite pour mettre dans les pattes de son héros un autre traître potentiel, entré dans la boucle par hasard. Ce petit truand, dévoré par la peur de refaire de la prison, n'est pas une menace en soi, mais il est en cheville avec une bande qui n'aura pas de scrupules. Enfin, venant de nulle part, un troisième larron attend, dans l'ombre, qu'on tire pour lui les marrons du feu.

Le vol, à la fois arnaque et braquage, demande un détournement d'attention théâtral qui permet à Stark de beaucoup s'amuser, moquant l'obséquiosité avec laquelle on traite ce faux représentant du peuple désormais prêt à en croquer. L'équipe réunie par Parker s'entend bien, chacun joue son rôle à la perfection et sait improviser quand les circonstances l'exigent. Le temps donc d'entamer la dernière étape, celle du partage, mais il y a plus d'appelés que les cinq personnes ayant participé au coup.

Parker restera donc en arrière pour faire le ménage. Le final de Backflash rappelle si nous l'avions oublié que le truand de Richard Stark est un être implacable, froid et violent dès lors que la nécessité de tuer s'impose à lui. L'exécution de Ray Becker témoigne de cette sauvagerie et l'on peine à croire que, quelques heures plus tard, Parker redeviendra l'homme prévenant et amoureux de Claire dans leur maison de Colliver Pond.

Chroniqué par Philippe Cottet le 11/09/2011



Illustration de cette page : Jeune femme en chaise roulante