À bout de course !

Richard Stark

À bout de course !

États-Unis (2004) – Rivages (2009)


Traduction de Marie-Caroline Aubert

Pressé par la nécessité, Parker monte sur un coup avec Nick Dalesia. L'affaire semble prometteuse, braquage d'un convoi de quatre fourgons blindés dont l'un transporte le contenu de la chambre forte d'une banque, sauf qu'elle leur est amenée par deux amateurs pas très fiables qui commettent erreur sur erreur et attirent l'attention de la police, tandis que les deux truands sont dans le collimateur d'un chasseur de primes pour une autre affaire

À bout de course ! commence par le meurtre de sang-froid d'un homme, autour d'une table de poker, dans une chambre d'hôtel de Cincinnati. Tout cela pour nous rappeler que Parker n'est pas un enfant de chœur et que le monde des voyous de Richard Stark n'est décidément pas celui des fantaisistes cambrioleurs de Donald Westlake.

Après les cinq romans qui ont remis en selle son héros, Stark / Westlake place Parker dans une situation assez inédite, celle dans laquelle tout, dans l'opération, se trouve hors de contrôle. Le voleur froid et rigoureux habitué à vérifier tous les paramètres de ses braquages et le pedigree de ses comparses va être totalement débordé par les circonstances. En d'autres temps, il aurait reculé ou aurait recouru à des moyens extrêmes, mais Richard Stark le contraint à rester et à encaisser tous ces tourments, ce qui fait que le lecteur se demande par qui et à quel moment échouera le braquage.

L'homme qui leur a apporté l'affaire, amant de la femme du banquier dont elle espère se venger, est l'habituel demi-sel des romans de la série dont l'amateurisme est la plaie des malfrats. Ces deux-là sont gratinés et si on leur ajoute le Dr Madchen, qui rêve du magot pour échapper à la malédiction d'un mariage d'intérêt et la vertueuse Wendy, qui veut à tout prix sauver l'âme de son frère, on obtient un quatuor qu'auparavant Parker aurait éliminé sans remords. Comptez enfin une perspicace fliquette et deux tenaces chasseurs de primes sans beaucoup de scrupules qui viennent interférer dans l'opération et À bout de course ! est bien le cocktail explosif attendu.

Pourtant, malgré des failles et des défaillances jusque dans les dernières minutes, ce n'est pas par là que le braquage échouera. Le monde a changé, Parker a vieilli, sa façon d'appréhender les choses n'est plus aussi pointue que par le passé. Le butin est dérisoire, car il y a longtemps que les titres ont remplacé le cash et que même le plus crétin des banquiers sait cela. Et le déploiement des forces de police est efficace et instantané, parce que ce monde vit en permanence désormais sur le pied de guerre et qu'il puise dans des fichiers interconnectés les informations pour se défendre. Pour un truand à l'ancienne comme Parker, c'est le signe de la fin des temps.

À bout de course ! est évidemment construit au millimètre par Stark, qui conduit son suspense sur tous ces tableaux et laisse son héros bien seul dans le crépuscule.

Chroniqué par Philippe Cottet le 21/08/2011



Illustration de cette page : Peter Coyotte alias Stone (Parker) dans Slayground , film de 1983