Tokyo Zodiac Murders

T
Shimada Soji

Tokyo Zodiac Murders

Japon (1981) – Rivages (2009)

Titre original : 占星術殺人事件 (Senseijutsu Satsujin Jiken)

Quarante ans après les faits, deux détectives amateurs – un astrologue et un illustrateur – tentent de résoudre l'une des plus célèbres et des plus complexes affaires criminelles de l'Archipel.

En 1936, un artiste est retrouvé assassiné dans son atelier fermé de l'intérieur. À ses côtés, un journal dans lequel il décrit le projet dément qui a germé dans son esprit : créer une femme idéale, Azoth, à partir du corps de six autres, en suivant des préceptes alchimiques et zodiacaux à la fois logiques et monstrueux. L'homme avait même trouvé la matière à son rêve : les six jeunes filles vivant dans sa maisonnée. Quelques semaines après, et alors que le mystère de son meurtre est toujours aussi entier, elles disparaissent. On retrouvera, durant toute une année, leurs dépouilles amputées du morceau de choix qui devait servir à l'élaboration d'Azoth, enterrées dans l'Archipel à des endroits hautement symboliques, comme il était prévu dans le journal.

Contrairement à ce que nous dit la préface, Tokyo Zodiac Murders n'est sûrement pas le premier roman japonais à aborder le thème du tueur en série avec un rituel particulier. Dans La Bête aveugle, qui date de 1931, Edogawa Ranpo nous montrait un masseur aveugle qui attirait les plus belles femmes du Japon dans son antre afin de satisfaire son appétit sexuel et lui permettre de réaliser une œuvre d'art indépassable. Ce conte philosophique n'était pas un récit policier, mais il contenait déjà cet alliage entre éros et thanatos et cette quête d'un absolu effrayant que l'on discerne peu ou prou dans le fatras des histoires actuelles de serial killer.

On retrouve donc à l'origine de ce Tokyo Zodiac Murders ce thème de la création artistique parfaite passant par le meurtre, le démembrement des corps et leur dispersion dans la nature qui étaient un achèvement chez Ranpo. Shimada Soji en fait le démarrage d'un mystère complexe, mais qui l'est principalement par cet afflux de théories destinées à nous renseigner sur les crimes. L'auteur agit avec nous exactement comme le fit le meurtrier avec ses éventuels poursuivants, en faisant croire que ce qui est sous notre nez est de la plus haute importance. Mais toutes les fausses pistes suivies que retrace le roman ne sont que des détournements de notre attention.

Par deux fois, Shimada Soji nous met au défi de trouver la solution de l'énigme. Si le mystère de la chambre fermée de l'intérieur peut être levé en partie quant à son comment (car la littérature sur le thème est plutôt abondante), son articulation avec les autres meurtres et surtout la question du pourquoi restera, pour la plupart des lecteurs aimant ce type de roman, un réel et passionnant mystère. Les deux héros de Tokyo Zodiac Murders, à peine démarqués du célèbre duo de Baker Street, sont plutôt sympathiques parce que totalement décalés dans ce Japon moderne dont on ne voit pas grand-chose. Brillant et mineur.

Chroniqué par Philippe Cottet le 31/12/2010



Illustration de cette page : La poste du parc Meiji Mura

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Locomotive d'or de Claude Nougaro (1974)