Le vase de sable

L
Matsumoto Seichô

Le vase de sable

Japon (1961) – Philippe Picquier (1987)

Titre original : 砂の器 (Suna no Utsuwa)
Traduit du japonais par Rose-Marie Fayolle

Un quinquagénaire est retrouvé mort dans une gare de triage, le visage écrasé par les coups. Qui est-il, qui a pu le tuer et pour quelles raisons ? L'inspecteur Imanishi Eitarô ne dispose pour commencer sa très longue enquête que d'un médiocre témoignage : la victime, qui aurait été vue avec une personne plus jeune dans un bar proche de la gare, aurait prononcé le mot Kameda avec un accent tout à fait particulier...

Traduit et publié en 1987, Le vase de sable est un roman que le lecteur occidental peu familiarisé avec les patronymes nippons aura du mal à suivre. Entre les personnages, les villes et les nombreuses gares – car Imashono Eitarô, comme l'inspecteur Mihara de Tokyo Express, utilise principalement les lignes ferroviaires, économiques et pratiques, pour parcourir le pays –, il y a moyen d'être vite perdu.

 matsumoto seicho le vase de sable D'autant que, comme à son habitude, Matsumoto Seichō ne livre pas un polar flamboyant à l'américaine mais une enquête triste et longue, partant de rien et sans intuition géniale de la part de l'enquêteur qui rendrait tout ceci palpitant. Il faudra plusieurs mois au policier tokyoïte pour entrevoir une vérité étonnamment ancrée dans un réel assez sordide.

Mais la trajectoire du meurtrier permet à Matsumoto de tracer celle d'un Japon anéanti en 1945, privé de son identité comme le fut Motoura Hideo, et tentant de construire un avenir où la lèpre de l'origine serait tue, dissimulée. On peut lire alors d'une autre façon ce Vase de sable, apprécier les contrastes que fait naître l'auteur entre un pays que l'on sent encore rural et provincial – habité dans ses recoins par une paysannerie miséreuse et crevant de faim – et ces élites intellectuelles “ porteuses de l'avenir ”, sophistiquées et incompréhensibles, parfaitement cyniques et aux valeurs déjà corrompues.

Plus que l'histoire criminelle, c'est donc le portrait de ce Japon au seuil de la modernité qui retient l'attention. Enfin et malheureusement, le procédé décrit par Mastumoto qui permettra de tuer le comédien Miyata (et accidentellement l'hôtesse de l'air Miura), est bien devenu un des axes de développement de l'industrie militaire et répressive mondiale, sous la sinistre appellation d'armes non létales. Mastumoto y pensait-il déjà ?

Chroniqué par Philippe Cottet le 06/03/2007



Illustration de cette page : Pierre Schaeffer

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Pierre Schaeffer - l'inventeur de la musique concrète évoqué par Mastumoto Seichô - s'imposait. N'ayant pas sous la main la Symphonie pour un homme seul je me suis rabattu, en clin d'œil, sur le Tokyo 2002 de son complice Pierre Henry (qui doit dater de 1999) et sur Le livre des morts du même, qui est pratiquement contemporain de l'écriture du Vase de sable (1962).