Codex Déus

C
Alexandre Schoedler

Codex Déus

France (2011) – Bénevent (2011)


Le Code Déus, c'est comme le Talmud. Le plus intéressant, ce sont les commentaires qu'en feront des générations de lecteurs. Né de la faible imagination d'un auteur persuadé détenir les secrets de l'humanité, il est l'un des livres les plus mal écrits de ces dernières années, qui en comptent pourtant treize à la douzaine. Illustration de ce que peut être un “ roman ” dans un monde d'inculture et de faible exigence littéraire.

Yan Lespoux a déjà beaucoup œuvré pour faire connaître et apprécier – à leur juste valeur – Alexandre Schoedler et son roman (voir ici sa critique Le Codex Déus). Le fourbe m'ayant fait passer son exemplaire durant les congés, je me suis donc penché moi aussi sur ce livre-phénomène.

Premières impressions

Il y a trois choses qui s'imposent immédiatement à la lecture du Codex Déus.
Alexandre Schoedler - Codex Déus

  1. Il est tout à la gloire de son auteur, qui apparait sous les traits flatteurs (pense-t-il) du jeune et brillant archéologue Alex(andre) Farrell ainsi que sous ceux du jeune et brillant érudit Alessandro Pozzi : « archéologue, historien, expert en symbolisme, professeur d'Université et... un pocco (un peu) aventurier si j'en ai le temps et l'occasion » (page 173). Le génial hacker allemand (sans doute jeune et brillant) que fréquente sa petite amie Catherine se nomme également Alexandre et je passe sous silence le conquérant, fils de Philippe II de Macédoine, qui semble être au cœur du mystère. Pour ceux qui suivent de temps à autre la page d'Alexandre Schoedler sur les réseaux sociaux, c'est un peu comme cela qu'il se voit lui-même : jeune, brillant, intelligent, cultivé et d'une extrême modestie.
  2. Le Codex Déus est évidemment particulièrement mal écrit, nous le savons depuis les analyses poussées de mon confrère et ami Lespoux. Globalement, il n'y aucune homogénéité entre la partie aventure-action et les nombreux pensums historiques, mythologiques, ésotérico-mystiques, etc. que l'on rencontre dans ce genre d'ouvrage, mais également entre ces derniers, trahissant des sources différentes plus ou moins bien recopiées et adaptées. N'y apparaissent d'ailleurs pas les tics stylistiques de l'auteur : syntaxe aléatoire, ponctuation à l'emporte-pièce, ignorance de la concordance des temps déjà relevés par Yan, auxquels on peut ajouter l'usage abusif du pléonasme, du lapsus, les contresens tous associés à une pseudo-érudition ainsi que l'introduction de longueurs, hauteurs, surfaces dans le cours du récit qui en sont la marque et sur lesquels je vais revenir ci-dessous.
  3. Enfin, malgré toutes les tentatives pour faire croire que le Codex Déus n'était pas publié à compte d'auteur, il faut admettre que même le plus médiocre des éditeurs n'aurait pas osé sortir un tel bouquin sans en corriger les innombrables fautes. Le Prix des internautes soi-disant obtenu en 2011, évidemment flatteur pour l'auteur, participe de la même volonté narcissique d'être reconnu comme écrivain (rêve parait-il le plus partagé en France), mais c'est une mauvaise farce à la limite de l'escroquerie.

Moi, ce héros...

Sur quoi repose le personnage de l'archéologue Alex Farrell, à part la volonté de puissance d'Alexandre Schoedler dont il est l'incarnation ? Pas grand chose. Peut-être de vagues réminiscences d'Indiana Jones dans leur mépris commun de ce qui n'est pas fouilles et aventures, avec une trace d'un Patrick McGoohan enfilant, cheveux au vent, les rues de Londres dans sa Lotus Seven ?

Alexandre Schoedler - Codex DéusCar pour une raison difficile à saisir – sauf s'il pensait que cet “ exotisme ” le dispenserait de tout effort de recherche – Schoedler a fait de Farrell un Londonien.

À trente ans, il est déjà responsable des classifications et études sur l'antiquité gréco-romaine au British Museum, titre bidon qui semble pour l'auteur la position la plus haute dans la chaîne alimentaire des collaborateurs du Musée : « Sa vaste connaissance du monde gréco-romain fait de lui un spécialiste respecté de ses confrères, tant pour sa rigueur lors de ses nombreuses fouilles en Méditerranée que pour sa méticuleuse exactitude dans le travail. » (page 61)

Il y a forcément ici beaucoup de naïveté, car à cet âge, on sort à peine de sa formation universitaire et on n'a sûrement pas une vaste connaissance d'un domaine aussi étendu que le monde gréco-romain. D'ailleurs, Farrell n'a encore produit qu'un très faible travail théorique (« il a même publié quelques articles, ainsi qu'un livre sur Alexandre III, le Grand », page 61) qui est le seul qui compte et est susceptible d'attirer l'attention de la communauté scientifique internationale. Il est facile de comparer avec la production de l'un des actuels conservateurs seniors de la section gréco-romaine du département des collections du British, Ian Jenkins, (Publications de Ian Jenkins, format pdf), véritable autorité dans sa spécialité, mais qui n'a évidemment pas trente ans (entré au British en 1978, PhD en 1990).

De fait, il est plus probable qu'Alex Farrell soit un conservateur de premier ou deuxième échelon dans la classification des emplois de l'établissement, d'autant qu'il n'a pas encore bien compris l'importance de la société des amis du British Museum (qui fait toute l'originalité du musée londonien). Il ne voit en eux qu'une bande de crétins « venus pour se goinfrer de canapés, se montrer et se faire mousser et rien de plus... » (page 13), alors que le financement d'une grande partie des campagnes de fouilles menées par le musée dépend des contributions de ces presque 50 000 passionnés.

Placé donc au bas de l'échelle des curators, Alex Farrell est payé entre £ 24,000 et £ 32,000 par an. On comprend qu'il se pose des questions sur la faisabilité de son voyage en Égypte et les 14 nuits très coûteuses qu'il va s'offrir à l'hôtel Mena House (£ 2,730 pour une suite face aux Pyramides, plus d'un mois de salaire). D'autant qu'il habite un coin très chic de la capitale, célèbre depuis l'époque du swinging London : Montagu Square. Occupant un appartement qui dispose d'un salon de 22 m², l'archéologue doit sans doute débourser un loyer mensuel situé entre £ 4,000 et £ 5,000 aux prix actuels du marché (voir, par exemple, cette sélection : Property to rent in Montagu Square). Le découvert à la banque se creuse dangereusement. Ajoutons le vase Gallé qu'il offre en cadeau de réconciliation à son amie Catherine (le seul de sa collection qui lui manquait, quelle chance !), dont le prix le plus bas en salle des ventes se situe entre £ 650 et £ 1,050, avec des plus-hauts au-delà des £ 30,000. Cet homme vit clairement au-dessus de ses moyens... [1]

Alexandre Schoedler - Codex DéusLa seule explication possible serait que Farrell soit l'héritier d'une immense fortune, mais alors pourquoi travailler à un si médiocre niveau et s'inquiéter du coût de son voyage au Caire ? Et surtout, à Londres, qui dit argent dit (bonne) éducation, sauf à être un oligarque russe ou un employé de la City. Pourquoi alors parler soit comme un crétin, soit comme une petite gouape, bien aidé, il est vrai, par son ex-girlfriend Catherine ?

Un peu plus jeune que lui, elle nous est clairement présentée comme faisant partie de la gentry (sa mère a vendu, il y a peu, le manoir campagnard ancestral), mais elle possède l'élégance naturelle d'une star de la télé réalité en mal de shampoing : « Mais ouais. T'es jaloux ma parole ! Si tu penses ça de moi, c'que t'a rien compris » à quoi Farrell répondra un peu plus tard : « Suis d'accord la'd'sus... on s'fait une soirée pour voir si on se “ rallume ” ? s'attirant une nouvelle réplique de sa poissarde : « Ouais, y'a encore du boulot... faut encore que je te décoince » (pages 79 à 93, tout ce passage entre les deux jeunes gens, et leur extraordinaire scène d'amour, est hilarant. Dans l'ensemble, les dialogues du Codex Déus sont d'une affligeante médiocrité et donc tout à fait cocasses).

Tout ceci a évidemment un effet sur la qualité et la crédibilité du personnage, qu'on nous montre glandouillant au travail avant son départ pour le Caire (page 61) et qui passe la première semaine de son séjour à paresser au bord de la piscine plutôt que d'effectuer les dizaines de visites possibles dans ce pays profondément marqué par la Grèce et Rome. Concluons provisoirement que le dilettantisme du héros semble être le reflet de l'amateurisme de l'écrivain, et vice-versa.

Une formidable occasion de s'instruire. Euh... en fait, non.

Dès les premières pages du Codex Déus, nous ressentons par contre que, question culture, ça va envoyer du bois.

Dans le début haletant du roman qui voit un détective privé cruellement assassiné dans les rues d'une ville qu'on imagine être Le Caire, Alexandre Schoedler – s'annonçant, durant un temps, spécialiste en histoire des religions – prend soin de préciser, juste au moment où la vie quitte l'homme : « Pas un témoin, tandis qu'au loin, un muezzin appelle à la prière des morts... » (page 11). C'est bien sûr très mélo, sauf qu'un muezzin n'appelle évidemment jamais à la prière des morts (mais à la prière tout court) car celle-ci est réservée à l'enterrement, ne peut concerner que des musulmans [2] et n'intervient qu'après la préparation particulière du corps selon les rites.

Quelques pages plus loin, nous découvrons qu'Alex Farrell a été choisi par une puissance occulte pour devenir le dépositaire du savoir sur tous les mystères de l'univers. Il doit préalablement répondre à une énigme en trois parties, genre chasse au trésor, qui lui est posée par un étrange vieillard ressemblant quelque peu au père Fouras dans Fort Boyard : « le premier pas sera un artefact de millions d'années de la famille des trilobites... il contient le “ nombre d'or ”... exposé dans une vitrine, il donne lieu à la signification... » (page 17).

Sympa, l'auteur livre en note la signification du mot trilobite, au cas ou nos souvenirs de sciences naturelles, classe de quatrième, feraient défaut : animal invertébré marin voisin des crustacés. Alex se met donc à la recherche d'un fossile animal – diable ! il ne suit donc pas la piste du vieil homme lui demandant de chercher un artefact (objet fabriqué par l'homme) ? – et tombe immédiatement sur les ammonites qui, à part être des animaux fossiles, n'ont strictement rien à voir avec les trilobites de départ ; l'ammonite est un mollusque céphalopode (pieuvre, nautile, calmar) essentiellement de l'ère secondaire, le trilobite est un arthropode (crustacés, arachnides, insectes) de l'ère primaire.

Alexandre Schoedler - Codex Déus

Ammonite -> Ammon, le mystère pointera donc vers l'Égypte via la ville de Whitby (deuxième étape du rébus). Je n'ose imaginer où nous en serions si Farrell s'était focalisé sur Tricératops ou Machairodus, tous deux également animaux fossiles d'ères géologiques n'ayant rien à voir [3]. C'est donc par un véritable coup de chance que le héros a pu répondre à une énigme posée par un crétin inculte, mais cela m'a fait douter de la qualité des mystères de l'univers devant lui être révélés par la suite.

Avec ces deux exemples, nous n'en sommes qu'à la page 17... et le livre en comprend 230. Malheureusement pour le sarcasme et la causticité de cette chronique, les passages “ culturels ” vont tous bientôt prendre la forme de transes parfaitement incompréhensibles affectant l'archéologue et ses épiphanies, par lesquelles Schoedler va pouvoir recycler la bouillie habituelle de ce genre de bouquins (l'Égypte mystérieuse, la mort mystérieuse de Toutankhamon, le mystère des Templiers, le vrai mystère de l'Arche d'Alliance recherchée par les mystérieux nazis, le mystère du Mystère (le dessert), etc.) et peut-être de vieux exposés de DEUG d'Histoire (par exemple sur le thème des oracles antiques, de la page 37 à la page 56 quand même !).

Redondance, pléonasme, répétition

Trois constantes stylistiques de l'œuvre schoedlerienne, qui aime transformer ce qui est d'ordinaire implicite (ou parfaitement superflu) en explicite insistant. Par exemple : « Il dégaine – d'un geste vif – un Beretta 9 mm de sa ceinture arrière, camouflé par sa veste, mais sur le point de faire feu, deux coups retentissent en écho et son arme de poing (son Beretta) tombe à terre avec un amorti [4] de bruit métallique. Sa main droite lui fait atrocement mal... du sang ruisselle... deux balles ont perforé sa paume... » (page 10).

Sans doute le lectorat attendu par Alexandre Schoedler a-t-il besoin qu'on lui précise la corrélation entre Beretta et arme de poing ? Cette phrase est également succulente car elle renferme d'autres trésors en plus de l'amorti expliqué en note [4] : deux coups retentissent en écho est assez sibyllin. En écho au coup de feu qu'il n'a pas tiré ? Chaque coup de feu possède son écho ? On devrait alors entendre quatre détonations puisque l'assassin, qui est tireur plutôt exceptionnel, réussit à perforer par deux fois la paume d'une main qui serre un revolver. Hmmm... Maintenant, fermez un instant les yeux et essayez d'imaginer comment il y parvient.

Il est vrai que le chaos présidant à la construction de certaines phrases (ce qui fait, pour nous, tout le sel du Codex Déus) oblige le romancier à préciser parfois par la redondance ses intentions : « Il lui plante la lame dans le cou, en descend l'acier lentement... noyant les dernières phrases du supplicié dans un gargouillis incompréhensible ; ce faisant, de son autre main – la gauche » (pages 10-11). Nous en concluons pour l'instant que l'assassin des premières pages est droitier et qu'il est sans doute humain puisqu'il n'a qu'une seule autre main et que, comme nous, elle se trouve à sa gauche.

Le début du Codex Déus se passant à Londres, chacun sait que les Anglais ont une fâcheuse tendance à ne pas respecter les usages communs. Le pléonasme suivant entend relever quand, au contraire, ils le font : « Ils regagnent la grande salle du Muséum où les conversations vont grand train, quand Andrew, qui a pris au passage une coupe de champagne à la main » (page 19), puisqu'il est apparu que, ce soir là, certains invités prenaient leur coupe de champagne à l'oreille, aux orteils, certains au genou...

Enfin ce dernier pléonasme de notre tour d'horizon (rassurez-vous, il y en a plein d'autres dans le roman) que j'aime beaucoup « Il se retourne et s'avance en direction opposée » (page 56). Où pourrait-il aller sinon ? Voici une éprouvante question, mais il est vrai que la phrase entière suscite l'incompréhension du lecteur : « Il se retourne et s'avance en direction opposée, vers une autre fenêtre latérale » (page 56) ce qui signifie en gros qu'après avoir fait demi-tour et tout en marchant à 180° de sa position initiale, il se déplace en fait à 90° de celle-ci. Une courbure de l'espace-temps peut-être ?

La taille compte...

Pour parfaitement ancrer son récit dans le réel, Alexandre Schoedler adore donner des dimensions, distances, superficies, tellement précises que l'on s'interroge. Forcément.
Nous faisons la connaissance d'Alex Farrell lors de la journée mensuelle des amis du musée « au milieu des antiquités, entouré par une foule qui discute de sujets divers, se pressant tour à tour sur les canapés variés et les cocktails » (page 13). Le pouvoir humoristique de cette phrase est déjà élevé, mais Alexandre Schoedler entend préciser que son héros « arpente de long en large la salle de plus de cinquante mètres carrés », soit « une grande salle du Museum » comme il la nomme ensuite (page 19) d'environ 10 mètres sur 5. On comprend que les participants se pressent sur les canapés et autres sandwiches au concombre (et non autour) pour pouvoir survivre.

Alors qu'en pleine nuit, et en un peu plus d'une heure, il vient de déchiffrer l'énigme du père Fouras, Alex Farrell regarde par la fenêtre : « il vient d'apercevoir une silhouette se découper dans le clair obscur d'un trait zébré du halo d'un lampadaire urbain éclairant partiellement le trottoir et l'asphalte en face de son appartement. » (page 57). Derrière cette phrase à la légèreté hippopotamesque se cache évidemment un terrible danger, qu'Alex se fait fort d'apprécier en s'armant de jumelles : « Les cinquante mètres qui les séparent furent gommés par le puissant zoom des jumelles. » (page 58). Appliquons maintenant le théorème de Pythagore à la situation : étant donné que la rue fait environ 10 mètres de large et que la distance entre le veilleur et l'archéologue est de 50 mètres, à quel étage ce dernier habite-t-il ? Question subsidiaire, est-il possible de trouver un immeuble de cette hauteur à Montagu Square [5] ?

Rappelons, pour l'anecdote, « le canapé d'à peine 1,50 mètre de long qui peine à accueillir les deux corps d'1,78 mètre qui s'ébranlent en une vague amoureuse... » pour nous transporter au Caire, où l'on vient de tirer sur Alex qui prend innocemment des photos : « le projectile de calibre 627 (627 ? Vraiment ?) tournoyant à vitesse subsonique frôle sa tête et vient s'impacter sur le boitier en métal pour être ensuite dévié sur la muraille est, où la balle, à tête creuse, conçue pour obtenir un maximum de dégâts dus à sa vitesse exponantielle (sic), son taux de pénétration explosive aurait à coup sûr causé une importante hémorragie interne mortelle, en détruisant les tissus, au corps ou l'explosion de son crâne si l'impact était à la tête, se fiche avec un sifflement à peine perceptible dans le mortier de deux pierres d'angle... »

Ouf, Alex a eu chaud. J'ai cité en entier cette phrase qui est un peu la quintessence des intentions stylistiques et narratives de l'auteur. La dimension vient après, le projectile qui aurait pu faire autant de dégâts n'ayant qu'effleuré le boitier de l'appareil photo : « Il constate une grande éraflure au dos de son appareil, un sillon d'au moins trente millimètres de profondeur serpentant le long du boitier métallique. » Trente millimètres, c'est trois centimètres et voilà à peu près ce que cela représente sur un appareil photo moderne (partie plus claire).

En fait, c'est Alessandro qui nous explique pourquoi Alexandre Schoedler ne s'y retrouve pas. C'est parce qu'« il y a une multitude de nombre différent de taille dans les récits et traductions » (page 223). Du coup, je ne suis pas très sûr de ses conversions s'agissant de David et Goliath « le Géant philistin... 2,05 mètre contre 1,56/1,60 m pour la plupart des habitants... » (page 232) ni de ce qu'il entend par « un volume in octavo 4x8 » (page 208) qui ne correspond à aucun format de papier connu (sauf s'il est exprimé en fraction de la coudée royale ou coudée de Memphis, équivalente à 1,719 pieds).

Je vais m'arrêter là. Le Codex Déus va maintenant passer, tel une malédiction de pharaon, dans les mains d'un autre chroniqueur qui s'évertuera à percer lui-aussi une partie de ses secrets. Je reste quand même émerveillé à l'idée qu'Alexandre Schoedler ose aller dans les salons pour vendre et dédicacer un tel ramassis d'âneries, où la langue française et tout ce qui fait un livre, même mauvais, sont devenus optionnels.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/09/2013



Notes :

[1] Par malchance pour Schoedler, je connais (un peu) Londres et la façon dont on y vit, les exigences de publication pour tout poste de recherche et j'ai une vague idée du prix d'un vase Gallé. Le Codex Déus est évidemment caricatural, mais beaucoup d'auteurs qui ancrent leur récit dans le réel ne font même plus les efforts minimaux de documentation pour que leur histoire soit crédible. Comptent-ils sur la culture de plus en plus faible de leurs lecteurs ? Leur indifférence ? Triste, d'autant que je n'ai pas mis plus d'une heure de surf pour vérifier tous ces points qui m'avaient gêné à la lecture. Dans l'écriture d'un livre, même un navet comme le Codex, qu'est-ce que ça coûte ?

[2] « Et ne fais jamais la Salat sur l'un d'entre eux qui meurt, et ne te tiens pas debout auprès de sa tombe, parce qu'ils n'ont pas cru en Allah et en Son Messager, et ils sont morts tout en étant pervers. »
(Sourate 9 :84)

[3] On pourra toujours m'opposer que le nombre d'or est dans l'ammonite (ce qui est faux, par exemple : Spirale d'or, de Fibonacci et naturelles) et pas dans le Tricératops (personne n'est aller voir d'ailleurs, peut-être y est-il ? ).

[4] L'amorti est un terme sportif (tennis et football), caractéristique également du style schoedlerien d'utilisation d'un mot pour un autre.

[5] Le théorème de Pythagore est le suivant : a²+b²=c², a étant ici la largeur de la rue, b la hauteur où se situe l'observateur et c la distance entre lui et le guetteur. Nous avons donc 10²+b²=50² soit 100+b²=2500 ou encore b²=2500-100 b²=2400. L'observateur se situe donc la racine carrée de 2400 en hauteur soit presque 49 mètres ou, si l'on compte trois mètres par étage, au seizième, dans une rue où les immeubles ne dépassent pas cinq niveaux (Photo de Montagu square sur la Wikipedia anglaise). Bravo au petit Abigaïl Scallop Simpson Jones pour avoir donné la bonne réponse sur la page Facebook du Vent Sombre.

Illustrations de cette page : Alexandre Schoedler-Farrell-Pozzi dans diverses situations : avant une séance de dédicace, à Londres, sur le balcon du Mena House, en redondance – Ammonite, belemnite et trilobite – Appareil photo numérique moderne

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : L'intégrale de Nana Mouskouri