Requiem à huis clos

R
Kishida Ruriko

Requiem à huis clos

Japon (2004) – Les Éditions d'Est en Ouest (2016)

Titre original : 密室の鎮魂歌 (Misshitsu no rekuiemu)
Traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako

Lors d'une exposition, une femme croit voir dans un tableau de l'artiste Shinjô Reiko ce qui est arrivé à son époux, disparu depuis cinq ans dans une pièce close de l'intérieur.

Avec Requiem à huis clos, ce n'est pas un, mais quatre problèmes de chambre close que propose à notre sagacité, dans son premier roman, l'auteur francophile Kishida Ruriko.

Le brillant chef d'entreprise Shinoara Takao a disparu depuis une pièce close dans une maison discrète qu'il s'était fait construire. Alors que plusieurs événements survenus pendant la nuit pointaient vers une fin violente, on ne retrouva là, au matin, qu'une bouteille d'un grand cru de Bordeaux et une fiole de cyanure. Cinq ans plus tard, Yuka son épouse reconnait, utilisé dans un tableau de l'exposition Shinjô, le dessin très particulier d'un tatouage que Takao portait dans le dos et qu'il tenait secret. Devant le même tableau, le restaurateur Ichijô Tetsu, ancien condisciple de l'artiste à l'École de Kyôto, semble quant à lui comprendre un autre mystère.

Un cadavre va bientôt être trouvé dans la maison où disparut Takao, comme la fois précédente hermétiquement fermée (seule une fenêtre étroite munie de barreaux est ouverte). Puis un autre, au centre de Kyôto, là encore sans que personne ait pu sortir après le meurtre. Le lien entre tous ces crimes semble être Wakaizumi Asami. Cette designer réservée qui a le sentiment d'avoir gâché sa vie est la seule à avoir connu tous les protagonistes. Comme par hasard, elle arrive toujours la première sur les lieux pour découvrir les corps (ou leur absence).

Requiem à huis clos va suivre ses efforts pour tenter de trouver la (ou les) logique(s) à l'œuvre dans cette affaire. Pourquoi ? qui ? et bien sûr, comment ? ne seront dévoilés que dans les dernières pages, laissant Kishida détruire petit à petit l'image que tous les personnages donnaient d'eux à l'extérieur. Comme souvent dans les fictions japonaises, il y a quelque chose d'assez cruel qui se joue ici en plus des énigmes qui s'accumulent. Les mensonges permanents des adultes, la méchanceté et la haine mal contenue qui apparaissent beaucoup, l'intérêt mesquin fréquemment. L'amour ? Parfois, là où l'attend le moins.

Le final de Requiem à huis clos est très théâtral, c'est un peu la loi du genre, mais l'enchainement des faits et responsabilités de chacun est logique et apporte au lecteur la satisfaction que l'ordre du monde dérangé par ces meurtres est enfin rétabli.

Chroniqué par Philippe Cottet le 25/12/2016



Illustration : Sculpture de Lucio Fontana