De soie et de sang

D
Qiu Xiaolong

De soie et de sang

États-Unis (2006) – Liana Levi (2007)

Titre original : Red Mandarin Dress
Traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Batlle

Alors que l'inspecteur principal Chen est en disponibilité de la police pour pouvoir suivre des cours de littérature à l'Université, un homme tue dans le nuit de Shanghaï. Défiant les autorités, il dépose à plusieurs reprises le corps de ses victimes, toutes vêtues d'un coûteux et ancien qipao rouge, dans les endroits les plus fréquentés de la ville... Ce premier tueur en série va obliger Chen à finalement agir.

De soie et de sang, son cinquième livre traduit en France, va permettre à Qiu de s'essayer, comme la plupart de ses collègues romanciers, au tueur en série.

qiu xiaolong de soie et de sang shanghaï N'abandonnant pas ce qui est sa marque de fabrique – c'est-à-dire la dénonciation de l'extrème violence de la Révolution Culturelle et la mise en lumière de la corruption et de la criminalité dans la Chine nouvelle – Qiu Xialong a presque réussi le pari de greffer dans le terreau chinois un phénomène que l'on sait être surtout réservé aux Blancs occidentaux – le plus souvent étatsuniens –, en évitant toute surenchère violente.

Une partie de la réussite du roman tient à l'importance donnée par l'auteur aux problèmes existentiels qui taraudent son héros et qui lui font différer son entrée dans l'enquête. L'inspecteur principal Chen nous parle donc abondamment de littérature tout le temps où il cherche à rédiger sa dissertation sur l'amour-passion, pas mal de cuisine et un peu de ses angoisses professionnelles et privées. Autant de "bouffées culturelles" permettant de ne pas étouffer le lecteur trop tôt dans la chose policière et le morbide. Il n'est pas certain toutefois que tous les lecteurs de Qiu s'y retrouveront vraiment (d'autant que les autres personnages du cycle sont quasi inexistants).

Malheureusement, si le thème de la vengeance puisant sa source dans les exactions des dévots maoïstes de la Révolution Culturelle m'a semblé excellent pour unifier toutes les composantes passées et présentes du roman, le gâchis devient total devant le fatras freudien imposé par Qiu et je reste étonné que l'antienne moisie du complexe d'Oedipe telle qu'il la déclame puisse encore servir. Dès lors le final, qui est loin de répondre à toutes les questions posées par les meurtres, m'a semblé bancal et compassé. Dommage.

Chroniqué par Philippe Cottet le 13/09/2009



Illustration de cette page : Jeunes filles vêtues de qipao dans le Shanghaï des années 30

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Sgt Pepper's Londely Hearts Club Band des Beatles (1967)