Mortels trafics

M
Pierre Pouchairet

Mortels trafics

France (2016) – Fayard (2016)


Deux enfants sont poignardés à mort à l'hôpital Necker de Paris. Malgré l'inscription Allahu Akbar en arabe tracée sur le mur de la chambre avec le sang des victimes, personne ne croit vraiment à la piste terroriste.

Publireportage à la gloire d'une maison Poulaga où tous les services travailleraient dans une harmonie parfaite et seraient composés de fonctionnaires compétents et dévoués qui respecteraient au pied de la lettre le Code de procédure pénale, Mortels trafics a donc reçu le Prix du Quai des Orfèvres 2017.

Il est dit de celui-ci que son jury « se détermine d'une part sur l'intérêt littéraire du texte, d'autre part sur le réalisme et la crédibilité de l'histoire en matière de fonctionnement de la police et de la justice françaises. » Sur ce dernier point, la précision documentaire de Pouchairet est remarquable, ne nous épargnant aucun acronyme ni détail de procédure. C'est à peu près aussi excitant qu'un catalogue de quincaillerie, mais au moins l'une des conditions d'attribution du prix est remplie.

Ce réalisme peut évidemment plaire à d'autres qu'aux policiers, magistrats, avocats et journalistes qui composent le jury, tant le goût du public a été perverti par les navets produits par tous ces anciens flics écrivains ou cinéastes – auxquels se rattache naturellement l'œuvre de Pouchairet –, et toute autre entreprise de décervelage critique (parmi lesquelles beaucoup de coups de cœur de libraires et de blogueurs [1]).

D'un point de vue littéraire, Mortels trafics est d'une médiocrité sinistre. Pas de rythme, de tension, de surprise, de décalage, d'humour dans l'écriture pour ce récit où se croisent meurtres et trafic de drogue entre le Mexique et la France, via le Maroc et l'Espagne. On lève légèrement le sourcil lors de l'accident sur l'autoroute, mais tout retombe rapidement dans une platitude convenue, qui permet au moins de lire en diagonale – voire de sauter des pages – tant tout ceci est téléphoné et sans enjeu.

Enfin, quand le succès de votre enquête dépend du témoignage d'un vigilant octogénaire (ah ! l'alliance des citoyens et de leur police pour combattre le mal des cités), qui réussit à prendre des photos nettes du visage de dealers opérant cinq étages plus bas sur le parking avec un simple polaroïd, on se dit que, question crédibilité de l'histoire, le jury du prix n'a pas été très regardant pour distinguer Mortels trafics. À moins, horreur !, que les autres manuscrits en compétition aient été encore plus mauvais ?

Chroniqué par Philippe Cottet le 24/11/2016



Notes :

[1] Par exemple : « Le Prix du Quai des Orfèvres 2017 est un superbe cru à déguster sans attendre ! » in Blog quatrecentquatre

Illustration : Navet