1983

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David Peace

1983

Royaume-Uni (2002) – Rivages (2008)

Titre original : 1983

Hazel, une gamine de dix ans, est enlevée. L'occasion pour Maurice Jobson de retracer, depuis la disparition de la première fillette en 1969, la dérive de policiers opportunistes, corrompus et assassins tandis que l'avocat John Piggott tente d'assurer la défense de vieux enfants - l'un accusé d'enlèvement et de meurtre en 1974, l'autre suspecté de celui de 1983 - broyés par cette folle machine de peur et de haine.

Je... Tu... Il... enchevêtrant les narrations et les époques, David Peace nous jette sur le ring de 1983, dernier opus de son Quartet et nous prenons les coups de ce condensé d'expérimentations stylistiques (phrases courtes en uppercut, répétitions en enchaînements droite-gauche, violence sèche des mots crus de la misère) en pleine poire...

Je... Tu... Il...
David Peace Red Riding Quartet : 1983 Je... c'est Maurice Jobson dit La Chouette, superintendant discret jusque là... Salaud et bourreau pour n'avoir pas su faire autrement, lâche maître du Ventre et de ses abominations, exécuteur des basses oeuvres de cette petite bande de flics pourris et manipulateurs avec les faibles, soumis devant les nouveaux puissants... Coups, menaces, pressions, meurtres entre amis pour rien, pour du fric, du pouvoir et le vide de sa vie en écho, et cette urgence qui le pousse à enquêter sur la disparition des fillettes, en 1983 comme en 1969... Le coupable est sous les verrous pense le monde, le coupable est mort sait Maurice, alors c'est que quelqu'un d'autre sait...

Tu... c'est John Piggott, avocat à la dérive, fils d'un flic pourri, fils de ce bled, de cette rue, de l'horreur entre amis qui broie les enfants, les recrache dans la vie abrutis, désespérés, morts depuis et toujours en attente de la mort... John, dans les derniers temps de cet enfer personnel dont il égrène les jours, mène l'enquête au présent, dans des lieux désormais dévastés, dans des vies désormais dévastées... des mères qui savent l'innocence de leurs fils, morts, morts ou presque, ou depuis si longtemps... Mais personne ne veut vraiment remuer cette boue alors que tout le monde sait...

Il... c'est BJ, témoin et victime... Témoin... Témoin... Il a vu, il sait, il était au Strafford, il est le Strafford, c'est lui qui a rencontré Ed Dunford, et Jack Whitehead, et Peter Hunter, distribuant les indices, semant leur indignation, leur refus, leur mort et la vengeance... Témoin et victime... Victime... Victime le petit Barry, victime toujours sorti de la nasse par ce personnage mystérieux qui lui sait tout sur tout le monde, qui le plongea dans les ténèbres... qui le maintint dans les ténèbres...

Je, Tu, Il... Je, Tu, Il... Je, Tu, Il... Et puis, Je, Tu... Pas un Il comme prévu mais un Je, nouveau, chapitre 51, avant de pourrir sur pied, solder les comptes et hurler... Il faut être patient dans ce labyrinthe de dates, de lieux, de personnages morts là et parlant quelques pages plus tard. Parce que là où nous a placés David Peace, nous ne faisons que prendre des grêles de coups, et le gong n'en finit pas de se faire attendre... Quand il arrive, nous ne l'entendons même pas, nous ne comprenons même pas vraiment ce qui s'est passé, relire, retrouver le fil perdu, le fils perdu, assassin, vengeur, snooker de l'Apocalypse... Putain de livres !

Mais, finalement, qu'interroge réellement cet excès haletant de tout ?

Voir également la chronique que je consacre à The Red Riding Trilogy, trois téléfilms de 2009 adaptés du Quartet de David Peace.

Chroniqué par Philippe Cottet le 14/04/2007



Illustration de cette page : Ange

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Pornography par The Cure (1982)