Power Play

P
Mike Nicol

Power Play

Afrique du Sud (2014) – Seuil (2018)

Titre original : Power Play
Traduit de l'anglais par Jean Esch

Le plus jeune enfant de Titus Anders, un homme d'affaires soupçonné de toujours diriger en sous-main un gang des Cape Flats, a été donné en pâture aux requins. Quelques heures plus tard, il est victime, avec ses deux autres fils et sa fille, d'une tentative d'assassinat en pleine rue.

Avec Power Play et comme il a l'habitude de le faire – c'est-à-dire sans prendre de gants –, Mike Nicol s'attaque à la question des gangs de Cape Town et de leurs guerres de territoire. Il le fait cependant par le haut, car ce qu'il veut mettre en lumière, ce sont les intérêts en jeu dans les strates des pouvoirs économique et politique – qui profitent directement de la misère ambiante et de la violence des bandes – et la persistance des manœuvres des appareils sécuritaires – police, espionnage et contre-espionnage, armée – dans les affaires du pays.

On ne sera donc confronté à la cruelle réalité de la vie dans les rues qu'incidemment, via le témoignage fait à la police dans cette affaire par un sicaire des Mongols, qui tentent de reprendre le contrôle de la Vallée de l'Abondance, LA zone de trafic des Flats [1], à la bande rivale des Pretty Boyz. À mesure que progresse l'action de Power Play, Nicol en délivre des extraits en contrepoint, qui montrent la réalité sur le terrain de cette guerre sadique et inhumaine.

Avec ses partenaires Bassie et Rings, Titus continue de diriger les Pretty Boyz dont ils ont tous les trois gravi les échelons depuis la rue. Trafic d'ormeaux vers l'Asie, drogue, armes, tout se passe cependant loin de la façade respectable qu'ils se sont donnée. Titus est un homme d'affaires, Rings a été saisi par le démon de la politique tandis que Bassie, le play-boy un peu plus jeune, court de soirées charitables en gala des artistes, enchaînant les conquêtes. Ils sont devenus, depuis longtemps, les Intouchables.

Comme tous les vieux mafieux, ils vont devoir faire face à la génération suivante, avide comme ils l'étaient et impatiente de prendre leur place, incarnée ici par Tamora Gool. Cette trentenaire sans scrupules ni limites paraît cependant un peu légère pour s'attaquer seule au trio. Qui se cache derrière celui qui se cache derrière elle sera tout l'enjeu de Power Play.

Mace et Pylon, son duo d'affreux hérités de la lutte contre l'apartheid étant parti en retraite, c'est Krista, la fille du premier, qui a repris leur affaire de sécurité, sans le côté trafic d'armes qui les avait enrichis et en la limitant à la stricte protection de femmes riches ou célèbres. Une très discrète officine de surveillance gouvernementale, peut-être illégale et très informée sur l'origine du patrimoine de Mace Bishop l'oblige, avec son associée Tami, à accompagner deux hommes d'affaires chinois en visite au Cap. Puis, c'est Titus Anders, qui fait appel à elles pour protéger sa fille, Lavinia, après le mitraillage dont la famille a été victime.

Naturellement, les deux missions convergeront, ce que le lecteur découvrira aux détours de ce trépidant Power Play, page turner moins anodin qu'il n'y paraît.

Chroniqué par Philippe Cottet le 06/03/2018



Notes :

[1] Plaine à l'est de la cille dans laquelle survivent plus de trois millions de coloured.

Illustration de cette page : Membres d'un gang de Cape Flats