Tout le monde aime Bruce Willis

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Dominique Maisons

Tout le monde aime Bruce Willis

France (2018) – La Martinière (2018)


Rose, gosse de riches capricieuse, enfant star du monde Disney avant de faire carrière à Hollywood, est profondément malheureuse. La faute à une famille dysfonctionnelle à cause de laquelle sa sœur bien-aimée s'est donné la mort, dominée par la figure du père, roi du hamburger et futur candidat au poste de gouverneur de la Californie. Mais aussi à un métier qu'elle vomit par tous les pores de sa peau et auquel elle va échapper bien malgré elle.

Je connais Dominique Maisons du réseau Facebook et de rencontres lors de présentation de romans.

Passée l'étonnante et réussie ouverture où une Rose totalement déjantée aurait pu faire partir le roman dans un foutraque à mon sens bénéfique, Tout le monde aime Bruce Willis se met rapidement à brasser les clichés de l'usine-à-rêves-qui broie-les-êtres, peut-être à la poursuite d'un second degré sur la superficialité de ce monde que seuls le profit et le sexe intéressent. Certains trouveront cela récréatif en diable, d'autres pourraient avoir un très fort sentiment de déjà vu.

Dès le premier tiers de son roman, Dominique Maisons nous donne des clés qui rendent prévisibles beaucoup de choses ultérieures. Les raisons du suicide de Scarlett sont presque une évidence après que nous ayons fait connaissance de la famille Century. Quant à la présence plusieurs fois répétée de Rose dans des endroits où elle n'a jamais mis les pieds, elle alerte le lecteur et dégonfle le suspense, s'il y en avait un, des parties deux et trois du roman. Peu importe alors la provenance de ce double et ce qu'il y a derrière, d'autant que nous savons bien que Rose s'en tirera de toute façon. La machination ourdie par Maisons semble démesurée au regard de son médiocre enjeu et sa mise en échec par la jeune fille parfaitement invraisemblable.

L'excès, qui était appréciable dans ses précédents romans, n'a pas du tout fonctionné pour moi dans Tout le monde aime Bruce Willis. Au milieu d'une forêt d'archétypes, Rose est à peine attachante, son passage de l'état de jeune femme écervelée, traumatisée et dépressive à celui de survivante faisant toujours le bon choix, bien dans sa peau et dans sa tête, est cousu de fil blanc. Seul le personnage ambigu de Gordon, l'ombre qui nettoie la merde des puissants, est intéressant, dans son cynisme, sa patience, cette brutalité qu'on le sent contenir en permanence et qui appartiendra au plus offrant. Décevant.

Chroniqué par Philippe Cottet le 23/04/2018



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