On se souvient du nom des assassins

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Dominique Maisons

On se souvient du nom des assassins

France (2016) – Éditions de la Martinière (2016)


En 1907, le célèbre feuilletoniste Max Rochefort et son dévoué secrétaire Giovanni Riva sont entraînés dans une cascade d'aventures face à un criminel puissant, sadique et retors.

Une jolie orpheline accusée à tort d'un meurtre spectaculaire et odieux, un jeune homme à peine sorti des jupes de sa mamma qui en est tombé follement amoureux, un romancier étincelant de superbe, de courage et de vanité décidé à faire leur bonheur comme à rendre la justice, des passages secrets, une course-poursuite totalement inimaginable dans les airs, les ors du Palais-Garnier, les rats des égouts de Paris... Il ne manque rien à ce trépidant On se souvient du nom des assassins, divertissant hommage rendu par Dominique Maisons aux feuilletons d'antan et qui, comme eux, fait en permanence dans l'excès jubilatoire.

Max Rochefort est le feuilletoniste attitré du Matin, et il vient de signer pour la suite des aventures de son justicier masqué et solitaire, Nocturnax. La direction du journal lui adjoint cependant un jeune employé aux écritures d'origine italienne, qui devra autant le servir que l'espionner. Les deux sympathisent rapidement et Rochefort fait découvrir à Riva l'atelier dans lequel travaille son équipe, car cela fait longtemps qu'il se contente de donner les grands lignes des épisodes, charge pour ces trois-là de les documenter et de les écrire. Lui préfère désormais se vendre au Tout-Paris, dans les salons et dans les publicités du métropolitain, dans les galas de charité ou les premières à l'Opéra.

L'assassinat odieux et surtout mystérieux du cardinal Berdoglio, envoyé spécial du Vatican alors que la loi de séparation de l'Église et de l'État n'a pas deux ans et suscite toujours la révolte d'une partie du clergé et de la frange royaliste et nationaliste du pays, donne l'occasion à Rochefort de sortir de son rôle de dandy, pour se révéler en homme d'action et en enquêteur. Soit le héros dont il fait ses livres.

On se souvient du nom des assassins offre à partir de là tellement de rebondissements qu'il est facile au lecteur de se faire prendre au piège. C'est d'autant plus vrai qu'il s'agit d'une littérature d'archétypes, qui se révèle aussi très inventive dans l'usage qu'elle fait de ceux-ci (le commissaire Juvard, fonctionnaire mal dégrossi mais efficace, férocement opposé à ces détectives dilettantes, Eudoxie Lamésange la cocotte charmeuse arme parfois fatale de Rochefort, Marguerite la gouvernante lorraine du romancier véritable dragon domestique, etc.). Mention spéciale au méchant, ce nouveau génie du crime, autant habité de pulsions sadiques que de croyance en un Herrenvolk, ivre d'une purge universelle qui commencerait ici et maintenant.

L'insertion de personnages historiques comme Alfred Binet, Louis Paulhan, Arthème Fayard ou Gaston Leroux est assez subtile [1] et confère encore plus de vie à l'ensemble. On se souvient du nom des assassins est parfaitement documenté, donnant une base solide à cette reconstitution du Paris 1900. Maisons écrit bien, une langue ample et au riche vocabulaire, qui n'hésite pas devant l'emploi de l'imparfait du subjonctif et refuse le happy end. Un peu plus qu'une littérature de divertissement, et qui tient toutes ses promesses.

Chroniqué par Philippe Cottet le 03/01/2017



Notes :

[1] Le clin d'œil final sur la composition du Fantôme de l'Opéra en est un très bon exemple.