Vendetta Palace

V
John D. MacDonald

Vendetta Palace

États-Unis (1958) – Gallimard Série Noire (1959)


Traduction de Michel Peyran

Lloyd Wescott, jeune cadre hôtelier promis à un bel avenir aide la femme de son patron, un truand lié au Syndicat, à se réfugier au Mexique. Retrouvé par les hommes de main du mari, le couple est torturé et Lloyd est laissé pour mort après avoir été jeté dans un précipice. Recueilli par des Indiens fuyant la violence des vallées, il nait à une nouvelle vie sans perdre de vue sa vengeance.

Sauvé d'une poubelle parisienne avec plusieurs ouvrages de la défunte Série Noire, Vendetta Palace est un très efficace récit de vengeance narré par l'autre MacDonald du roman policier. Auteur prolifique de l'après-guerre, on connait surtout de lui les aventures de son héros récurrent Travis McGee, ainsi que l'adaptation cinématographique qui fut faite, en 1962, de son livre The Executioners, avec Gregory Peck et Robert Mitchum, sous le nom de Cape Fear [1].

cape fearVendetta Palace ouvre sur le basculement de Lloyd dans la mort. La scène, très longue, est d'autant plus efficace que nous ne savons pas les raisons qui poussent ces hommes, au petit matin, à simuler un accident de voiture dans les montagnes mexicaines. Les premiers indices de l'histoire émailleront le lent retour à la vie de Lloyd, via une succession d'analepses allant du plus proche au plus lointain, où nous commençons à saisir par bribes la destinée du personnage.

Construit ainsi, le récit ne laisse aucun doute au lecteur sur la vengeance du héros. Non seulement c'est cette idée qui lui a permis de tenir le temps d'être découvert par ces Indiens exclus du monde, mais ces derniers n'auront de cesse de lui répéter son devoir de le faire, tant se venger est un élément central de leur propre système de valeurs. Pourtant, John Dann MacDonald va retarder celle-ci pour décrire la renaissance de Lloyd Wescott au contact de l'humanité et de la compassion de ces paysans pauvres. C'est un motif tout à fait surprenant, à une époque où tout ce qui se trouve au sud du Rio Grande est considéré par les Amerlocains comme barbare ou dégénéré [2].

Vendetta Palace parle donc du rapprochement entre l'ancien wonder-boy à qui tout souriait et ces êtres sans droits exilés dans leur propre pays, qui semblent n'avoir que douleur et dénuement à partager. Toutefois, si Lloyd a tout perdu, il lui reste encore certains préjugés. Et il a toujours l'espoir de reprendre le cours de son existence, quand il repartira dans le Nord pour accomplir son destin. Les hésitations de ce héros entre deux mondes, entre deux vies, vont alimenter de façon surprenante les derniers chapitres de cette étrange vengeance, reliquat de son ancien monde et peut-être déjà plus aussi importante, sans être pour autant la clé du nouveau.

Les poubelles parisiennes recèlent parfois des trésors.

Chroniqué par Philippe Cottet le 05/12/2010



Notes :

[1] Martin Scorcese tournera un remake en 1991, avec Robert de Niro et Nick Nolte, moins convaincant à mes yeux.

[2] Voir par exemple les Mexicains d'opérette et la vision méprisante d'eux que l'on donne à voir au public dans le Big Steal de Don Siegel en 1949.

Illustration de cette page : Robert Mitchum et Barry Chase dans Cape Fear

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Habanera par Elina Garanča, (DG - 2010)