Bonne pâte

B
John D MacDonald

Bonne pâte

États-Unis (1958) – Gallimard (1970)

Titre original : Soft touch
Traduit par R. Fitzgerald

Jerry, Américain moyen coincé entre Lorraine, sa belle épouse alcoolique, et E.J. Malton, son patron de beau-père qui, après avoir mis la main sur son entreprise, le tient sous sa coupe sans lui laisse la moindre initiative, se voit proposer par un ancien camarade de l'armée un coup susceptible de lui permettre un nouveau départ.

Plus personne n'écrit des romans comme Bonne pâte et je ne suis pas certain que nous soyons encore très nombreux à les lire.

MacDonald fait ici le portrait de Jerry Jamison, un type englué dans une vie – qu'elle soit maritale ou professionnelle –, médiocre. Faible de caractère, porté sur la picole, il se laisse entraîner dans les bobards de Vince Biskay, son ancien supérieur à l'OSS [1], qui lui parle d'un coup facile pouvant lui rapporter un million cash. Son rôle ? Conduire la voiture qui permettra au duo de s'arracher de la ville de Tampa après avoir mis la main sur une valise d'argent sale destiné à acheter des armes pour un coup d'État en Amérique du Sud.

Jamison, qui se tape la meilleure amie de sa femme dès qu'elle a le dos tourné, mais rêve de refaire sa vie avec la gentille secrétaire de son patron, se laisse convaincre. Sauf que rien ne se passe comme prévu. D'autres personnes ayant eu une idée similaire, Biskay est blessé, obligeant les deux anciens agents à retourner chez Jerry, le temps de la guérison.

Réunir dans une même maison une tonne de fric, une Lorraine « pas plus putain que les autres femmes » et un Vince Biskay qui fait tourner la tête à toutes les jeunes épouses du voisinage, permet à Bonne pâte de déraper dans les grandes largeurs. Jerry Jamison va être haché menu par sa propre bêtise, ses choix délirants, ses erreurs successives de jugement. Plus il va avancer, plus il y aura de merde dans le ventilateur.

Il y a un certain sadisme de la part de MacDonald a lui offrir parfois une ouverture, une perspective de s'en sortir qui sera déçue une ou deux pages plus loin. C'est en partie pour ce sadisme que nous lisons Bonne pâte, cette descente aux enfers programmée qui ne laisse nullement deviner son rebondissement final, drôle et, en un sens, moral : Jerry enfin rattrapé par sa culpabilité.

Chroniqué par Philippe Cottet le 20/02/2018



Note :

[1] Office of Strategic Services, l'ancêtre de la CIA. Créé en 1942, elle mena des actions de renseignement et des opérations clandestines derrière les lignes ennemies, essentiellement en Europe.

Illustration de cette page : Blonde platine 1958