Le mystérieux tableau ancien

L
He Jiahong

Le mystérieux tableau ancien

Chine (1997) – L'Aube (1997)


L'avocat Hong Ju et son assistante Song Jia se penchent sur une affaire étrange, dans laquelle le brillant inventeur d'un fortifiant pour le cerveau (qui fait la fortune d'une entreprise - la Dasheng - et de la ville de Shengguo où elle est implantée), a perdu la mémoire et est retombé en enfance. Avant cela, il a eu le temps de transmettre à sa femme un message codé et pour l'instant incompréhensible, faisant référence au bouddhisme et à un mystérieux tableau auquel la tradition confère des pouvoirs surnaturels.

Universitaire et personnalité importante du monde judiciaire, He Jiahong ne parle qu'avec retenue de ce qui se passe en Chine [1]. Même quand il aborde, comme dans Le mystérieux tableau ancien la corruption et les comportements criminels nés de la nouvelle donne économique.

Rappelant que cette corruption est vieille comme l'Empire du Milieu, il montre bien que des entreprises comme la Dasheng ne peuvent prospérer sans complicités. Que ces complicités soient, comme ici, le maire de cette grande ville et le directeur de la Sécurité Publique, tous les deux forcément hiérarques de l'organisation politique régionale, semblent lui suffire. Un peu léger cependant pour faire de ce roman un état des lieux de ce qui se passe en Chine...

Plus gênant encore est le discours tendant à montrer la normalité de la vie quotidienne. Santé, justice, police, vie au travail... tout semble aller pour le mieux dans l'univers de Maître Hong. L'atelier du monde est un espace de liberté où le célèbre avocat et son enamourée d'assistante peuvent sauter dans un avion quand bon leur semble, mais où ils ne croisent jamais les hordes de travailleurs pauvres ayant fui leurs campagnes sans autorisation. Un monde où le célèbre avocat bénéficie d'une garde à vue longue mais respectueuse de ses droits là où d'autres disparaissent sans laisser de traces. Etc.

Dans cet état d'apesanteur par rapport au réel [2] Le mystérieux tableau ancien combine un mystère compliqué, des situations plutôt convenues, une écriture soignée, des personnages sympathiques mais datés, un exotisme consensuel. Pas de quoi fouetter un chat.

Chroniqué par Philippe Cottet le 17/05/2008



Notes :

[1] C'est-à-dire, par exemple, sans citer une seule fois le Parti ou l'Armée Populaire de Libération.

[2] Reproche que je faisais déjà au roman précédent Crimes et délits à la Bourse de Pékin

Illustration de cette page : Jeune fille jouant du guqin

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Missa Brevis de Zoltán Kodály, gravée en 2006 sur galette Glossa.