Dr Jack

D
Green Green

Dr Jack

États-Unis (2002) – Série Noire Gallimard (2005)


Traduction de Patrice Carrer

Dans une rue paumée de Brooklyn, la casse dirigée par Fat Tommy et Stoney fait d'un seul coup l'objet de toutes les attentions. C'est vrai qu'on ramasse des cadavres dans les ruelles alentours, on y tue le comptable et on tire sur le gros proprio... La fin du rêve ?

Plein de promesses dans ses premières pages, Dr Jack se révèle très vite un livre décevant. Fat Tommy et Stoney sont des “hommes d'affaires” qui évoluent dans la zone grise du capitalisme, celle où les lois sont opaques, pas encore définies ou suffisamment tordues pour que du fric soit rapidement fait sur le dos des gogos avant de disparaître. Oui, c'est le même univers que les traders et autres financiers de downtown, mais dix crans en-dessous, dans les miettes que ceux de Wall Street [1] laissent forcément à ceux de Troutman Street.

Cet aspect des choses et le fait que la casse soit située sur ce versant sale, déglingué, oublié de la capitale du Monde aurait pu faire de Dr Jack un bon livre dénonciateur, sur le coût matériel et humain de ce rêve américain que toutes les figures du roman gardent plus ou moins chevillé au corps.

Après une phase d'exposition des personnages convenable, tout en étant sans grande surprise, Norman Green retombe très vite dans les clichés les plus éculés du thriller industriel (le chemin de croix de l'alcoolique, les amis d'enfance séparés par la vie et devenus ennemis, le jeune gars pétri de religion qui veut sauver une junkie prostituée, des narcotrafiquants colombiens assez peu vindicatifs, etc.). La visite du côté sauvage de New York qu'il entreprend se résume à un street name dropping moins édifiant encore que le générique des Sopranos. Et bien qu'il se passe des choses, l'histoire est inconsistante, artificielle, comme vue de loin.

Dr Jack est un premier roman pas vraiment mal écrit, mais sans grande saveur et sonnant souvent faux.

Chroniqué par Philippe Cottet le 12/02/2011



Notes :

[1] Le jeune fils de Vittorio, que l'on retrouve à la fin, intègrera d'ailleurs ce sérail des traders.

Illustration de cette page : Immeuble dans South Bronx