Bloody Valéria

B
Stéphane Gravier

Bloody Valéria

France (2010) – Mon petit éditeur (2010)


Qu'ont en commun un ouvrier dont la boite vient d'être sauvagement délocalisée, son frère médecin obligé de faire quelque chose de louche pour que sa famille séquestrée par des inconnus lui soit rendue et une jeune et belle étrangère devenue une arme fatale entre les mains de comploteurs ?

Il y a la règle, « pas de livre autoédité sur Le Vent Sombre » et l'exception qui, pour l'instant, n'avait touché qu'une seule personne (auteur désormais célébré dans les médias pour son premier roman). Le livre de Stéphane Gravier sera donc la seconde, son “ éditeur ” – je n'ai pas eu le temps de me plonger dans ses statuts et propositions commerciales – semblant quand même plus proche d'une offre d'impression à la demande que d'un professionnel qui aurait lu un manuscrit et apporté un regard extérieur critique (autres que la famille et les amis, souvent premiers lecteurs) à mon sens toujours bienvenu pour un auteur.

Stéphane Gravier peine à faire connaître et apprécier Bloody Valéria et sa première intention est sans doute que quelqu'un en parle, avec le risque – qu'il lui faudra assumer ensuite – que ce puisse être en mal. Le Vent sombre, qui a cette réputation de ne pas aimer grand-chose au point qu'on se garde bien de lui confier trop de produits, n'est pas spécialement le meilleur choix pour cela.

On comprend assez vite que Bloody Valéria est une histoire de chevalier et de princesse [1], maquillée en une moderne cabale politique tirée par les cheveux et cousue de fil blanc. Valéria, une jeune, belle et intelligente mère célibataire originaire du Belarus, est forcée de coucher avec les opposants d'un candidat à l'élection présidentielle, que son équipe de barbouzes fait ensuite chanter. Ces derniers sont même allés plus loin puisqu'ils ont transformé cette bombe sexuelle, dont ils détiennent le fils en otage, en une autre sorte de bombe, avec la complicité forcée de Nathan, un médecin hospitalier.

Valéria est bien entendu retenue, à son corps défendant, dans un château (un appartement minable dans un immeuble menaçant ruine, modernité oblige) défendu par un geôlier (Joseph), un méchant dragon (La Masse) et le vil conseiller en affaires louches (Tony).

Nathan, dont la famille a elle aussi été kidnappée, fait appel à son frère Victor, cariste dans une entreprise qui vient de déménager à la cloche de bois. Quand les ouvriers investissent la demeure du P.-D.G. pour lui demander des comptes, Victor découvre – avec une étonnante facilité – que celui-ci était victime d'un chantage, dans les mêmes termes menaçants que ceux utilisés contre Nathan. Il fait également indirectement connaissance avec Valéria, dont il va devenir le champion.

Le merveilleux n'ayant pas de limites dans les contes et assez peu dans le thriller contemporain, tout s'assemble aux petits oignons dans Bloody Valéria pour que le chevalier-cariste s'empare de sa princesse et que les méchants soient mis hors d'état de nuire. Le parti du futur président payant par chèque à son nom ses hommes de main, nos justiciers peuvent remonter jusqu'à lui sans enquête excessive et achever l'histoire sur un modus vivendi entre les adversaires, sans doute pour préserver une possible suite.

Tout ceci est d'une très grande naïveté et d'une superficialité dans la construction des personnages et des situations qui se révèlent n'être, au final, que des clichés. Nous sommes évidemment très loin de l'excellence, sur un thème pratiquement identique de barbouzes et de coups fourrés dans le monde politique, d'un Jean-François Vilar (Djemila) ou d'un François Médéline (La politique du tumulte) chroniqués ici. Quant au style de Stéphane Gravier, emphatique, il n'arrange malheureusement rien [2].

Rien à sauver, hélas !, dans ce Bloody Valéria.

Chroniqué par Philippe Cottet le 23/05/2013



Notes :

[1] L'auteur a d'ailleurs l'intelligence (ou la naïveté) de nous en informer aux deux tiers du livre :

La voilà qui se métamorphosait en princesse emprisonnée dans son donjon et moi en chevalier rock’n roll accro aux bulles bien plus blondes que sa chevelure de ténèbres.

[2] Un exemple parmi des dizaines d'autres :

Dans cette enveloppe parfaite il y avait quelqu’un de complètement déglingué dont la profondeur des yeux laissait paraître les coups de pied et de barre de fer qui se disputaient les derniers organes rescapés. Elle était une dramaturgie sur des échasses de verre, une désolation pour qui la comprendrait.

Illustration de cette page : Attention, danger

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Tenno de Ito Teiji (2007)