Des serpents au paradis

D
Alicia Giménez Bartlett

Des serpents au paradis

Espagne (2002) – Rivages (2007)

Titre original : Serpientes en el paraíso

Juan Luis Espinet, brillant avocat et mari parfait, est retrouvé flottant mort dans sa piscine, à El Paradis, lotissement pour riches situé à quelques kilomètres de Barcelone. Seul indice pour Petra Delicado et son adjoint Garzón : une legère griffure sur l'omoplate...

Des serpents au paradis n'est pas forcément un grand polar mais c'est un très bon roman sur la vanité et l'envie, qui permet à Alicia Giménez Bartlett de mener une intéressante critique sociale de l'Espagne moderne.

Les relations entre l'inspectrice Petra Delicado, son adjoint Fermin Garzón et le procureur Joaquin Garcia Mouriños - qui sont sans doute ses héros récurrents (Des serpents au paradis est le cinquième livre de l'auteur traduit chez Rivages) - sont tout à fait classiques, voire un peu vieillottes. Nous devons au fait que l'héroïne est une femme de caractère mais plutôt mal à l'aise dans sa quarantaine de ne pas nous retrouver dans un polar convenu.

Car Petra va être totalement fascinée par l'univers d'El Paradis et ses habitants, au point d'en oublier son enquête. Célibataire sans vie autre que son métier, elle tombe d'abord amoureuse de la victime et ne sortira de sa torpeur qu'au moment de l'autopsie. Dans ce ghetto pour riches classes dominantes de la nouvelle Espagne où même les domestiques créent de la différenciation symbolique pour exister, le désir sans fin de Petra Delicado d'être une autre trouve un modèle en la personne de Malena Puig, parée par l'inspectrice de toutes les vertus faites femme. Malena possède tout ce qui manque à Petra, l'aisance et l'argent, l'amour d'une famille, une vie de femme au foyer certes mais temporaire et un talent de peintre qui laisse pantoise la malheureuse fliquette. Prenant prétexte de la fillette de Malena, Petra reviendra souvent au Paradis pour approcher son idole, jusqu'à son réveil, dans les dernières pages de ce livre très prenant.

Société d'apparence où l'argent creuse un peu plus les différences sociales héritées du franquisme, toujours dominée par une morale catholique allègrement bafouée par ses aimables serpents au paradis et où seule la communauté rom semble posséder encore quelques valeurs morales, celles de l'ancien monde...

Chroniqué par Philippe Cottet le 14/01/2009



Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Bílé Inferno d'Iva Bittová & Vladimir Václavek (1997)