Micron noir

M
Michel Douard

Micron noir

France (2015) – La manufacture de livres (2015)


En cette moitié du XXIe siècle, les soldats qui participent à la Guerre nouvelle sont gavés de micron noir, une drogue surpuissante, légale, mais contrôlée, qui attise les convoitises des dealers et de certains groupes séditieux. Et pourquoi les braves gens (enfin presque) ne feraient-ils pas leur pelote en en fourguant ?

Dans un futur proche, la guerre est devenue un programme en mondiovision avec ses matches aller-retour, ses champions, ses fans. Deux équipes à armes égales s'affrontent, défoncées au micron noir, une drogue de synthèse mise à leur disposition par la Fédération, qui atténue la douleur et donne courage, force et endurance.

De par sa férocité et son intrépidité durant les combats, Gros Luc, ami d'enfance du narrateur principal et également soldat de cette Guerre nouvelle, est la vedette de ce show dont l'issue redessine les frontières ou règle les différents commerciaux entre nations. Mais c'est aussi un grand benêt, au cerveau cramé par la dope, qui claque son argent à mesure qu'il rentre et perd en clairvoyance ce qu'il gagne en témérité. Le voilà intermédiaire entre la Famille – un groupe mafieux dirigé par un quasi-adolescent parricide – et une secte chrétienne désireuse de prendre le pouvoir, pour la fourniture de 40 000 microns noirs qui viendront regonfler le moral de ses troupes à l'heure du pronunciamiento.

D'intermédiaire en intermédiaire, fric et came disparaissent, suscitant les humeurs vengeresses du vendeur et de l'acheteur. Le narrateur, accompagné de son père, de Gros Luc et d'une jeune femme pilote de drone pour la Famille fuient devant le danger, dans une classique course-poursuite avec règlement de comptes final. L'occasion pour Douard de brosser des portraits (d')originaux, que la brièveté du roman ne permet pas de trop développer malgré tout. Le trio formé par le père et le grand-père du narrateur, le premier ancien vrai soldat du temps où se battre pour son pays semblait avoir un sens, le second sorte de baba cool exilé dans le Sud et entouré d'une cour des miracles prête à toutes les violences, est le seul axe à peu près étoffé du récit. Les personnages d'Éric Kessel (le chef de la Famille) et de Victoire Weber (la pilote de drone) laissaient pourtant entrevoir de belles perspectives.

Démarré sur une intéressante dystopie, mais déclinée ensuite en quelque chose d'assez convenu, Micron noir ne manque pas de rythme, simplement d'envergure pour être autre chose qu'un divertissement que l'on appréciera juste le temps de sa lecture.

Chroniqué par Philippe Cottet le 28/01/2016



Illustration de cette page : Tube de Pervitin®