L'homme dans la vitrine

L
Kjell Ola Dahl

L'homme dans la vitrine

Norvège (2001) – Gallimard Série Noire (2006)

Titre original : Mannen i vinduet
Traduction d'Alain Gnaedig

Reidar Folke Jespersen n'est pas de très bonne humeur en ce vendredi 13. Après avoir vérifié que son épouse couchait bien avec son amant, il lui ordonne de choisir entre sa liaison et son mariage. Il se fâche ensuite avec ses frères, a un mystérieux rendez-vous dans son entrepôt, envoie ballader l'homme qu'il a licencié huit jours plus tôt et a des mots très durs avec son fils à l'issue du dîner. Tous ses soucis disparaissent quand, durant la nuit, quelqu'un le transperce avec une vieille baïonnette. Ceux du commissaire Gunnarstranda commencent : pourquoi avoir mis en scène le corps du défunt dans la vitrine de sa boutique ? Et que signifient ces inscriptions sur son front et sur son torse ?

L'homme dans la vitrine est un roman très classique, très anglais (c'est le but recherché par l'auteur) où l'action est resserrée sur un petit nombre de personnages qui tous avaient leurs raisons pour tuer Folke Jespersen.

À la façon d'une P.D. James, Dahl propose une longue phase d'exposition de l'histoire et de ses protagonistes qui permet au lecteur de faire le plein en suspects potentiels, tout en lui donnant un petit avantage sur les enquêteurs. Chacun avait un rapport différent à Jespersen, le détestait pour des raisons particulières et le livre se consacre, tant à la mise à jour de la véritable nature de ces liens qu'à la découverte de la personnalité cachée de la victime.

C'est là que Kjell Ola Dahl peut se détacher quelque peu de son modèle anglais pour instiller dans son récit des composantes spécifiquement norvégiennes, en l'occurence un rappel de ce que vécut le royaume durant la seconde guerre mondiale, où un gouvernement de collaboration avec l'occupant nazi avait été mis en place par Vidkun Quisling. La problématique de L'homme dans la vitrine est assez proche de celle de Gunnar Staalesen dans La nuit tous les loups sont gris (1983), tout en étant moins approfondie : oui, des héros de la Libération peuvent avoir aussi été d'immondes salauds.

Enfin, comme dans le roman anglais, l'intérêt repose pour beaucoup sur la qualité et la personnalité des enquêteurs. Le commissaire Gunnarstranda et son adjoint Frølich sont une paire classiquement contrastée, presque plus intéressants dans la relation de leurs problèmes domestiques que dans leur façon de faire progresser l'affaire. Les obsessions sexuelles permanentes et les problèmes de couple de Frølich sont amusants, surtout au regard de l'austérité et de la rigidité morale de son chef.

Dense et plutôt bien écrit, L'homme dans la vitrine permet de passer un bon moment si l'on est amateur de ce style de roman.

Chroniqué par Philippe Cottet le 04/05/2009



Illustration de cette page : Croix de fer