Carmen à mort

C
Lee Child

Carmen à mort

Royaume-Uni (2001) – Ramsay (2004)


Traduction de Daniel Roche

Fuyant un bled texan après avoir boxé un adjoint du shérif, Jack Reacher est pris en stop par une superbe jeune femme qui tente de le convaincre de tuer son mari.

Pas de réelle surprise dans ce Carmen à mort où Jack Reacher, l'ancien major de la police militaire devenu héros errant, va une fois de plus triompher du mal en protégeant la veuve et l'orphelin(e). Sauf que la veuve ici ne l'est pas tout à fait au début de l'histoire et que, si elle le devient, c'est apparemment après avoir utilisé le flingue dont Reacher lui a appris à se servir.

Carmen à mort est un assemblage plutôt complexe d'histoires qui permet à Lee Child d'aborder des thèmes comme la violence faite aux femmes, celle faite aux clandestins, le racisme ordinaire des blancs amerlocains, à travers un redresseur de torts finalement très semblable aux roñins de la littérature populaire japonaise. Reacher, animal de combat sans haine et sans peur, intuitif et d'une intelligence tactique hors normes, doit être pris ainsi. La correction des deux cow-boys dans le bar mais surtout l'affrontement ultime, très réussi, qui l'oppose à la tueuse en haut de cette mesa balayée par l'orage m'ont beaucoup fait penser à ces combats menés par Miyamoto Musashi, le légendaire homme d'épées qui, comme l'ex-major, se déplaçait dans le pays sans aucune attache.

Cela n'empêche pas ce géant intraitable et inoxydable d'être parfois assailli par le doute – tout semble indiquer ici que Carmen lui a finalement menti et qu'il a aidé une meurtrière et une mythomane – ou d'être tourné en ridicule par l'auteur (la gamine de six ans qui lui explique comment seller un cheval ou la jolie avocate qu'il pensait s'offrir en dessert et qui se révèle être lesbienne). Façon pour Lee Child de garder son surhomme sur Terre.

On devine assez vite une partie de l'énigme de Carmen à mort, mais comme Lee Child en profite pour déployer un final trépidant et spectaculaire, on se laisse prendre facilement au jeu. Le plaisir de lire ne va des fois pas plus loin.

Chroniqué par Philippe Cottet le 28/12/2010



Illustrations de cette page : Vieux derrick texan

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Nougayork de Claude Nougaro (WEA - 1987)