Dieux de la pluie

D
James Lee Burke

Dieux de la pluie

États-Unis (2012) – Rivages (2015)


Traduction de Christophe Mercier

Neuf Asiatiques entrées illégalement au Texas sont assassinées près d'une église abandonnée. Destinées à la chaine du sexe du parrain russe Josef Sholokoff, elles servaient également de mules à Artie Rooney, ancien détective de NOLA reconverti dans le crime. Leur mort est le fruit de la vengeance tardive d'un certain Nick Dolan – restaurateur et patron d'agences d'escort – envers ce dernier.

Le massacre des neuf jeunes femmes sur lequel ouvre Dieux de la pluie va directement peser sur la conscience d'au moins trois personnages, déjà profondément rongés par la culpabilité.

Présent sur les lieux comme chauffeur, Pete Flores est un vétéran de l'Irak et de l'Afghanistan qui, comme très souvent, n'a pas trouvé ses marques à son retour au pays et a sombré dans un alcoolisme désespéré. S'il n'était aimé par Vikki Gaddis, une serveuse qui chante parfois des airs de la Carter Family dans le dinner où elle travaille et qui porte à bout de bras leur couple naissant, il n'aurait sans doute jamais trouvé la force de dénoncer le carnage à la police. Du coup, ils sont devenus la cible du tueur et de ses complices, devant lesquels ils fuient.

Il faut dire que Jack Collins, alias Le Prêcheur est un hitman un peu particulier. Psychopathe directement inspiré par le Seigneur, matricide violent et imprévisible, incontrôlable, le voici parti pour supprimer le témoin de son crime, sans écarter l'envie impérieuse de liquider ces commanditaires qui l'ont poussé, bêtise et calcul, à ce massacre parfaitement inutile. Il trouve sur sa route le bientôt octogénaire shérif Hackberry Holland, survivance du vieil Ouest qui porte en lui les fantômes d'une guerre d'un autre siècle – la Corée – et les traces d'une jeune vie de débauche pour oublier. Alcoolique repentant, dérangé dans la quiétude de son ranch par l'horreur de cette tuerie, il fait évidemment de l'anéantissement des coupables – et de Collins en premier lieu – une affaire personnelle.

À ce trio principal qui charpente Dieux de la pluie, James Lee Burke va en adjoindre trois autres lui permettant des échappées romanesques en dehors de la course poursuite à laquelle se livrent le Prêcheur et Holland. D'abord celui formé par Nick Dolan, Artie Rooney et Josef Sholokoff. Opérant tous les trois dans l'industrie du sexe, à l'origine de l'entrée au Texas des neufs jeunes femmes et de leur mort, chacun a plus ou moins en vue, à un moment donné, de rouler au moins l'un des deux autres. Le second trio, plus discret, est celui des tueurs – Liam Eriksson, Bobby Lee Motree, Hugo Cistranos – gravitant dans l'orbite noire du Prêcheur, le redoutant, s'en arrangeant, le trahissant, engagés finalement dans une lutte pour leur survie face à la froideur meurtrière de ce dernier.

Enfin deux femmes, Pam Tibbs et Esther Dolan s'ajoutent à Vikki Gaddis déjà citée. Terriennes, droites dans leurs bottes, lumineuses, porteuses d'amour et de ce vrai courage pour affronter la vie, elles sont les seules à s'opposer à cette folie destructrice, l'unique note d'espoir du récit – une constante chez Burke – face à ces hommes fracassés et dévorés par la violence.

Avec une telle galerie de personnages, on pourrait penser que Dieux de la pluie ne peut être qu'un grand livre. Et pourtant, il y a là un goût de déjà-vu, de déjà-lu, tant dans l'œuvre passée de Burke que chez d'autres romanciers ou au cinéma, qui fait que l'on peut comme moi rester sur sa faim. Flores, Collins ou Holland ont tout du cliché et la romance de ce dernier avec son adjointe m'a laissé perplexe. Malgré le talent de Burke, son souci de rendre justes les atmosphères de l'ouest du Texas où se déroule l'action des Dieux de la pluie, la lutte du tueur et du shérif comme épiphanies du Mal et du Bien reste banale et convenue, encombrée par des redites affectant surtout le personnage de Holland (la Corée, son comportement jeune, ses doutes face à Pam). Le happy ending du roman est dégoulinant à souhait.

Dieux de la pluie ravira sans doute les fans de James Lee Burke, surtout s'ils aiment retrouver toujours un peu la même histoire. Pour moi qui avais abandonné sa lecture il y a une dizaine d'années justement pour cette raison, ce dernier roman ne m'a pas réconcilié avec un auteur dont les premiers livres m'avaient pourtant procuré un certain bonheur.

Chroniqué par Philippe Cottet le 25/01/2015



Illustrations de cette page : Un shérif texan – Paysage du Big Bend

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Nostalgia in Time Square du Mingus Big Band (Dreyfus - 1993) – Tijuana Moods de Charles Mingus (RCA - 1962)