Le guet-apens

L
Georges-Jean Arnaud

Le guet-apens

France (1969) – Fleuve Noir (1969)


Cinq anciens malfrats cherchent à se venger de l'un de leurs complices, qui les a roulés quatre années auparavant en faisant croire que leur butin commun avait disparu dans un incendie.

Le guet-apens est tout à fait le genre de bouquin que l'on pouvait trouver dans un compartiment de train, abandonné à l'intention des voyageurs à venir, il y a une cinquantaine d'années. Deux heures de lecture facile et prenante que l'on pouvait oublier aussitôt, mais qui valaient tout autant qu'un roupillon jusqu'à Lamotte-Beuvron.

S'il n'est pas le meilleur roman d'Arnaud, ce court récit ne manque pas d'intérêt. L'auteur prend à peine le temps de nous présenter les protagonistes et l'on ne connaîtra le fin mot de leur acharnement que dans le dernier tiers du récit. L'important est que nous sachions très vite à quoi nous en tenir : Vivienne, Thevenin, Nora, Lambert et Rudy ont enfin repéré Dino Balzan, leur ancien complice, dont ils ont suivi la trace dans toute l'Europe durant quatre ans, alors qu'il était tranquillement installé dans un vieux village de l'arrière-pays varois.

L'heure de la vengeance semble avoir sonné, sauf que Balzan s'est entouré d'une quinzaine de familles siciliennes qu'il a tiré de la pauvreté et qui lui sont dévouées corps et âme. Habitués depuis des siècles à protéger leurs maigres biens contre les envahisseurs, les bandits de grand chemin, les nervis fascistes, les hordes rouges ou la mafia, ces gens simples, dévoués à leur capo, ont transformé le village en une citadelle imprenable. Les cinq complices vont tester leurs défenses, élaborer des stratégies, intimider, semer la confusion avant de porter l'assaut.

Dès les premières pages du Guet-apens, Arnaud instille dans l'esprit du lecteur, comme dans celui de certains de ses personnages, un doute qui est le moteur de son suspense : qui ici tend réellement les pièges, qui est le vrai maître du jeu ? L'irruption d'une jeune femme court vêtue, étudiante en sociologie bien trop curieuse dont va tomber amoureux Dino fait-elle partie, moderne cheval de Troie, du plan des anciens complices ? La haine de Dino partagée par la bande est-elle suffisante pour les maintenir unis, alors que Vivienne et Lambert sont désormais rangés des voitures, que Nora est toujours prêt à trahir ou à être trahi, que Thevenin pose au chef sans réellement se mouiller et que Rudy est un loup furieux que le meurtre n'effraie pas ?

Toute la magie du Guet-Apens est dans la montée de cette tension jusqu'à l'assaut final, mené de main de maître par le romancier. Arnaud nous réserve alors quelques machiavéliques retournements de situation, attendus et pourtant imprévisibles, qui achèvent notre plaisir. Nous pouvons laisser le livre sur le banc de ce square ou dans un bus, il fera d'autres heureux.

Chroniqué par Philippe Cottet le 29/01/2018



Illustration de cette page : Sicilien