Le loup dans la bergerie

L
Gunnar Staalesen

Le loup dans la bergerie

Norvège (1977) – Éditions du Rocher (1994)

Titre original : Bukken til havresekken
Traduction d'Olivier Gouchet

Un avocat connu de Bergen demande à Varg Veum d'enquêter sur sa femme, qu'il soupçonne d'infidélité. Le détective refuse, ne s'occupant pas, par principe, des adultères. Mais, quelques jours plus tard, un homme lui demande de retrouver et de rassembler des informations sur sa sœur disparue plusieurs années auparavant. Varg identifie sans peine celle-ci comme étant l'épouse de l'avocat. Après d'ennuyeuses journées de filature, l'épouse est retrouvée morte et le frère a disparu.

Sur un canevas et une histoire extrêmement classiques - on comprend très vite le rôle que le meurtrier veut faire jouer à Varg Veum, on devine même rapidement son identité - Gunnar Staalesen avait composé ce Loup dans la bergerie, premier roman qui ressemblait à beaucoup d'autres. Sympathique, goguenard, adepte d'une (auto)dérision permanente, son privé fait ici plus penser à Nestor Burma qu'à Sam Spade ou Philip Marlowe, qui sont les références dont se réclame Staalesen : même propension à se faire régulièrement assommer, découverte de cadavres un peu partout où il passe et relations avec les forces de l'ordre, à la fois difficiles... et moqueuses.

staalesen le loup dans la bergerieRebelle à l'autorité, recherchant une justice dont la conception lui est tout à fait personnelle, Varg Veum ne montre pas encore ici le doute profond sur l'espèce humaine qui l'affectera dans ses enquêtes suivantes mais fait déjà preuve d'une grande compassion pour les victimes, ce qui le démarque aussi du cynisme de ses prédécesseurs amerlocains.

Si le thème principal - le trafic de drogue et sa présence dans toutes les couches de la société - nous paraît à présent légèrement suranné, cela ne devait pas être le cas il y a trente ans, quand fut écrit Le loup dans la bergerie. D'autant que Staalesen nous montre que les principaux bénéficiaires de ce trafic n'en sont pas seulement le commanditaire - membre influent de la communauté - mais aussi tous ces bons bourgeois bergenois profitant de ces jeunes femmes contraintes de se prostituer (pour obtenir leur dose ou par chantage) et rentrant chez eux comme si de rien n'était.

On tient là l'un des chevaux de bataille principaux de Gunnar Staalasen, la chasse au mensonge et aux apparences dans la société norvégienne, dont Varg Veum va devenir l'incontournable spécialiste. La scène où le détective fait pression sur le client de la maison de passe, devant chez lui et sous le regard perplexe de son épouse est une vraie réussite.

Le loup dans la bergerie introduit un héros prometteur mais tout ceci – sorti aux éditions du Rocher en 1994 et re-publié par Gaïa seulement en 2001 – a pas mal vieilli, d'autant que le ton et le style de Staalesen sont encore trop collés à ses propres modèles. Heureusement, la suite de l'œuvre va se révéler autrement plus passionnante.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/04/2007



Illustration de cette page : Bergen