Face à Face

F
Gunnar Staalesen

Face à Face

Norvège (2004) – Gaia (2013)

Titre original : Ansikt til ansikt
Traduction d'Alexis Fouillet

Varg découvre un cadavre dans sa salle d'attente. Mort naturelle ou suspecte, la veuve est décidée à apprendre la vérité. Le détective va devoir fouiller dans le passé d'une communauté étudiante qui brandissait le petit livre rouge dans les années 70, mais dont les membres survivants sont désormais tous bien installés dans la vie.

Gunnar Staalesen est souvent passionnant lors de ces retours en arrière qui lui permettent d'illustrer l'évolution de sa ville – car il reste Berguénois avant tout chose – et de ses mentalités.

Quelque part, la communauté dont il va sonder les entrailles et les reins dans Face à Face fait un peu penser à celle d'Anges déchus, qui reste à mon sens (avec Le roman de Bergen) le sommet de son œuvre. Varg Veum jette un œil amusé et perplexe sur ce groupe de petits bourgeois jouant un temps au collectif révolutionnaire marxiste-léniniste avant de rentrer dans le rang et de se tailler des carrières à la hauteur de leur naissance. Professeur d'université, conseillère municipale de droite, homme d'affaires, flic, médecin... la vie s'est révélée cruelle pour l'égalitarisme prolétarien et la défense des opprimés, mais il en est souvent ainsi.

N'était-ce pas déjà le cas à l'arrivée d'Hildegunn Høgset dans la maison commune ? Libre, belle, indifférente, elle a bouleversé les équilibres et peut-être dévoilé l'inauthentique, à la façon du Visiteur dans le Théorème de Pasolini. Est-ce pour cela qu'elle s'est donnée la mort – s'il s'agit bien d'un suicide – à la fin 1979 ? Et en quoi les cadavres que commencent à trouver Varg quinze ans plus tard lui sont-ils liés ?

Stalessen fait louvoyer son détective entre les mensonges et les omissions des survivants. C'est essentiellement Varg sur les traces d'Hildegunn qui met à jour la fragilité des uns, le dogmatisme des autres, leurs trahisons à la cause ou à l'amitié, leurs duplicités. Face à face ronronne malheureusement quelque peu, loin des belles fulgurances passées, comme si l'essentiel avait alors été dit. Le personnage d'Hildegunn Høgset, tel qu'il émerge de l'enquête, est d'une belle ambivalence, attachant et irritant, excusable et monstrueux, égoïste. Face à un Varg consciencieux et un peu morne, il fallait au moins cela.

Chroniqué par Philippe Cottet le 28/06/2014



Illustration de cette page : Breimsvatn avec, dans le fond, le sommet acéré d'Eggenipa

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : A ass pocket of whiskey de R.L. Burnside (Fatpossum - 1996)