Brebis galeuses

B
Gunnar Staalesen

Brebis galeuses

Norvège (1988) – L'Aube (1997)

Titre original : Svarte får
Traduction d'Olivier Gouchet

Varg Veum est chargé par Karin, son amie de l'Etat civil, de mettre la main sur sa sœur Siren. Douze ans auparavant, alors qu'il travaillait encore à la protection de l'Enfance, Varg avait aidé l'adolescente et celle-ci semblait depuis s'être tirée d'affaire. Mais la mort de son mari, six mois auparavant, lors d'un incendie, l'a fait replonger dans l'enfer de la drogue. Dans le même temps, un étudiant sud-africain en instance d'expulsion du pays demande l'aide du détective.

Brebis galeuses est le rejeton du Loup dans la bergerie, c'est-à-dire un polar plutôt banal [1]. On y retrouve l'opposition entre Muus, le flic obtus, besogneux, raciste et méchant et Varg Veum, détective drôle, impertinent et maladroit, l'homme qui fonce dans toutes les embrouilles avec beaucoup d'enthousiasme.

Pour tout dire, ce roman me donne l'impression d'avoir été écrit dans la foulée du premier, puis remisé une dizaine d'années par l'auteur et/ou l'éditeur et ressorti – peut-être durant une période de disette – avec un petit lifting. Cette histoire à tiroirs qui superpose deux intrigues est d'un intérêt finalement limité. En plus de l'agressif policier, Varg Veum est aux prises avec un milieu criminel bien abrité derrière une façade d'honorabilité, dans une société dont Staalesen dénonce effectivement le racisme, mais tout ceci ressemble comme deux gouttes d'eau au contexte du Loup dans la bergerie [2].

Aucune des thématiques développées dans les grands romans de Staalesen – supposés être antérieurs – n'est présente ici et Varg semble lui même atteint de régression, alors que son opposition comique avec Muus (qui me rappelle tant celle entre Nestor Burma et Florimond Farroux) était totalement absente de l'œuvre depuis le premier roman. Argument supplémentaire, l'écriture ici ne possède pas la maturité, ni d'un La nuit, tous les loups sont gris, ni d'un Anges déchus, chef d'œuvre pourtant seulement publié une année plus tard. Maintenant, peut-être Gunnar Staalesen fait-il aussi des romans qui se ressemblent (Den femte passasjeren de 1978 et Knut Gribb tar Bergenstoget de 1986, les deux livres antérieurs non traduits sont peut-être de la même eau que celui-ci ?) ce qui signifierait que Gaïa ne nous aurait finalement proposé que le meilleur du Bergenois.

Un polar conventionnel, sauvé par l'humour de Staalesen et son portrait sans concession d'une société norvégienne xénophobe.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/04/2007



Notes :

[1] Ce livre fut publié en France dans la collection l'Aube noire en 1997, soit trois ans après la première édition de Le loup dans la bergerie aux éditions du Rocher et quatre années avant la reprise de l'ensemble des titres par Gaïa. Tous les mystères de l'édition...

[2] Ceci expliquerait le choix de ce roman par les éditions de l'Aube pour une nouvelle tentative d'introduction de Staalesen sur le marché français du roman policier.

Illustration de cette page : L'acteur Trond Espen Seim, incarnation de Varg Veum à l'écran.

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Le premier acte de Der Rosenkavalier de Richard Strauss, dans la version en public de 1969, sous la baguette de Karl Böhm, avec la divine Christa Ludwig dans le rôle de la Maréchale (chez Deutsche Grammophon).