Roseanna

R
Maj Sjöwall & Per Wahlöö

Roseanna

Suède (1965) – Planète (1970)


Traduit de l’anglais par Michel Deutsch

Le corps nu d'une jeune femme, violée puis étranglée, est retrouvé, par hasard, durant le dragage d'un canal près de Motala. Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Comment et par qui a-t-elle été tuée ? Ces questions vont hanter l'inspecteur Ahlberg chargé de l'enquête et Martin Beck, venu de Stockholm, pour l'assister. Une enquête longue, difficile, mouvante va commencer avec son cortège de déceptions, d'attente jusqu'à son ultime retournement...

J'ai lu Roseanna pour la première fois il y a plus de trente ans et je continue de considérer ce roman comme un chef d'œuvre. Roseanna est une femme indépendante et libérée, qui veut vivre ses envies et ses désirs. En 1965, ce monde n'est pas prêt à l'entendre, encore moins à l'accepter. C'est un monde rétréci, dominé par une pensée que l'on ne nomme pas encore machiste et par une vision morale très imprégnée de religieux où des femmes comme Roseanna sont le diable. Elle est une Carmen des temps modernes, elle choisit puis se lasse, au nom de sa seule sensualité/sexualité. Comme Carmen, celui qui lui donne la mort est certain de la sauver en se sauvant lui-même...

Sjöwall et Wahlöö - RoseannaLe roman est un police procedural très lent, incertain, presque décourageant pour le lecteur, comme l'enquête l'est pour les policiers.

En nous parlant de la quête de l'identité de l'inconnue, c'est d'abord de la très complexe personnalité de leur enquêteur que nous entretiennent les auteurs. Le lien qui l'unit à la morte va virer peu à peu à l'obsession respectueuse, au dialogue quasi amoureux.

Beck n'est pas un être exceptionnel, c'est un homme de devoir, un obstiné qui doit constamment lutter contre l'indifférence du monde, contre l'apathie, la lassitude qui l'envahissent devant la dureté des évènements et la lenteur des progrès de l'investigation. Mais c'est aussi et surtout un être d'une profonde compassion qui doit, au nom de tous les hommes, réparer le tort fait à la jeune femme.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/10/2006



Illustration de cette page : Anna Helena Bergendal dans le rôle de Roseanna en 1993