Meurtre au Savoy

M
Maj Sjöwall & Per Wahlöö

Meurtre au Savoy

Suède (1972) – Planète - 10/18 - Rivages (1972)

Titre original : Polis, Polis, Potatismos
Traduit de l’anglais par Michel Deutsch

Alors qu'il réunit ses principaux collaborateurs dans le meilleur restaurant de Malmö, un célèbre et richissime entrepreneur est abattu d'une balle en pleine tête par un homme qui s'échappe tranquillement par l'une des fenêtres du restaurant. Après de nombreux cafouillages, l'enquête échoit à Martin Beck car l'homme d'affaires a surtout construit sa fortune sur le trafic d'armes avec les colonies portugaises d'Afrique et l'on soupçonne en haut lieu un meurtre politique. Cela n'empêche pas les enquêteurs de fouiller la vie des proches du défunt : une jolie veuve, un bras droit aux dents longues et un fondé de pouvoir véreux auraient-ils pu commanditer le meurtre ? Comme souvent, la très prosaïque solution de l'énigme apparaîtra presque par hasard et les vrais méchants ne seront pas forcément punis.

La toile de fond de cette enquête est principalement l'incurie policière et la dégradation sociale induite par un affairisme aveugle uniquement préoccupé de ses profits, dans une société qui n'est solidaire que d'apparence. Avec leur économie de moyens habituelle, Maj Sjöwall et Per Wahlöö se contentent de nous montrer, dans la réalité de la vie des gens ordinaires, les conditions d'existence qui leur sont faites par ceux qui, dans le même temps, s'empiffrent au Savoy. A l'autre bout de cette injustice, ceux qui s'en mettent plein les poches n'obtiennent même pas le brevet de respectabilité, le prestige qu'ils escomptaient, de la part de ceux qui pensent bien sûr être au-dessus du lot (comme le confirme avec mépris l'aristocratique sœur de Larsson). En quelques images brèves et efficaces est tracée sous nos yeux une société de classes hermétiquement closes à l'Autre et prospérant sur le plus faible...

La violence faite aux hommes par le modèle social trouve parfois comme exutoire une violence réciproque que Martin Beck, et par delà nos deux auteurs, ont du mal à condamner totalement. Quant à l'impéritie policière, abordée ici sur un mode drôlatique, elle est autant le fait du flic de base (le duo Kvant-Kristiannson, l'inspecteur Buckland) que des grands chefs stockholmois, la Sécurité intérieure (SEPO) étant, dans ce roman, savoureusement épinglée.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/10/2006