Les terroristes

L
Maj Sjöwall & Per Wahlöö

Les terroristes

Suède (1975) – 10/18 - Rivages (1987)

Titre original : Terroristerna

Désigné comme observateur dans une lointaine république sud-américaine, Larsson assiste à l'assassinat spectaculaire d'un homme politique. Martin est appelé à témoigner au procès d'une jeune femme puis doit s'occuper du meurtre d'un metteur en scène de films pornos. En plein milieu de l'enquête, il est désigné pour superviser les opérations de sécurité entourant la venue d'un très controversé sénateur américain. Larsson est persuadé que les terroristes dont il a vu le travail en Amérique latine vont profiter de cette visite pour frapper en Suède.

À travers des intrigues policières passionnantes qui vont une nouvelle fois se rejoindre dans un extraordinaire coup de théâtre, Sjöwall et Wahlöö écrivent ici leur livre le plus politique. Outre la dénonciation “ citoyenne ” des institutions telle que déjà rencontrée dans les autres romans du cycle, Sjöwall et Wahlöö prennent violemment à partie la social-démocratie suédoise, la désignant nommément comme la grande manipulatrice et la grande profiteuse du système. Ces critiques sont surtout portées par les personnages non policiers du roman : Rhea bien sûr, l'avocat Braxén – dit Pétard – homme de gauche et de convictions, mais surtout Rebecka Lind. Cette dernière est le personnage le plus simple, le plus lumineux, le plus pur créé par les auteurs, peut-être la métaphore de ce que devrait être une Suède aimante et dévouée à tous ses enfants.

La justice n'avait été, jusqu'alors, qu'indirectement mise en cause par Sjöwall et Wahlöö. Le procès de Rebecka, dans lequel est appelé à témoigner Martin, est pour eux l'occasion de démonter son fonctionnement, sa partialité, sa médiocrité. Tout ceci est fait sur le mode ironique dans lequel ils excellent. L'organisation des opérations de sécurité permet également d'assister à de savoureux et vachards portraits puisque toute la hiérarchie policière, du flic de base jusqu'au Ministre de la justice, va être concernée. Les veules, les imbéciles, les lèche-bottes sont impitoyablement dénoncés.

Ce que souhaitent surtout montrer Sjöwall et Wahlöö, via Martin Beck et ses hommes, c'est qu'il est possible de faire face à un tel évènement sans exercer de violences sur la population, en respectant le droit de cette dernière à manifester son opposition ou tout simplement de vivre.

Alors qu'on le presse d'interdire les manifs, de mettre préventivement en prison les “ agitateurs ” et les “ communistes ” et qu'on lui demande de quadriller avec des avions, des chars, des hélicoptères, l'armée toute entière, bref d'expulser la vie hors de Stockholm le temps de la visite, Martin montre que le respect du droit des gens impose aux policiers et aux hommes politiques de s'adapter aux circonstances et à la vie des citoyens et non le contraire. Et quand il s'agira d'arrêter les terroristes, Martin et Larsson choisiront le droit (les capturer vivants au péril de leur vie) plutôt que la facilité de leur tirer dessus à longue distance ou de faire donner un assaut aveugle qui mettrait en péril des innocents.

Tout simplement un autre et, hélas !, dernier chef-d'œuvre.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/10/2006



Illustration de cette page : Jeune manifestante à Stockholm

Musique écoutée pendant l'élaboration de ce cycle : Ann-Sofie von Otter a accompagné la rédaction de la plus grande partie de ces pages. D'abord avec sa version de Carmen donnée en 2003 au festival de Glyndebourne, puis avec une série de Lieder de Wolf et de Mahler datant de 1989, ainsi que les Swedish songs et Watercolours, Mélodies suédoises gravés respectivement en 1993 et 2003. Autre grande voix suédoise, Birgit Nilson, principalement dans l'acte final du Götterdämmerung de Richard Wagner (version Solti, 1965) et l'Elektra de Richard Strauss (1967). Enfin, la version Gisela May de Die sieben Todsunden de Kurt Weill, cuvée 1966 très "cabaret" de cette œuvre formidable qui a ma préférence. La relecture fut menée avec les arpèges hypnotiques des Glass works de Philip Glass (1982).