La chambre close

L
Maj Sjöwall & Per Wahlöö

La chambre close

Suède (1973) – 10/18 - Rivages (1987)

Titre original : Det slutna rumme

Une personne portant perruque de femme et large chapeau s'attaque à une banque et disparaît dans la nature, non sans avoir préalablement tué un client. Bille en tête, la brigade anti-gangs voit dans ce hold-up la préparation d'un coup bien plus important qu'envisageraient de monter deux truands chevronnés évadés de prison. Un peu avant, autre part à Stockholm, était découvert le corps d'un vieil homme pauvre, enfermé dans une pièce close et mort d'une balle dans le ventre. Tout le monde serait prêt à conclure au suicide sauf Martin qui se demande bien où est passé le pistolet ? Quand enfin celui-ci est retrouvé, on s'aperçoit qu'il a servi non seulement à tuer l'homme de la pièce close mais également celui de la banque...

La fin totalement amorale (et, pour certains, jubilatoire) de ce roman ne doit pas faire oublier que les systèmes policier et judiciaire sont ici entièrement mis en échec, ce qui est la pire chose qui puisse arriver à une démocratie. L'arrogance de Bulldozer Olsson, les préjugés et certitudes de sa brigade anti-gangs ne leur permettront pas d'empêcher le "gros coup" et les quelques cadavres qui l'accompagnent. Et si le coupable de la chambre close est finalement jugé, ce sera pour un meurtre qu'il n'a pas commis... Le roman marque un peu plus encore la disparition d'une certaine ville, d'une certaine vie, de la solidarité qui unissait les hommes, de l'intérêt même que l'on portait naguère à son prochain.

Deux très beaux portraits de femme, chacune luttant à sa manière pour survivre dans ce monde. On retient plus celui de Rhea Nielsen puisque nous allons suivre la très belle histoire d'amour qui va la lier au policier. Sous le coup de cette rencontre et comme l'accomplissement naturel d'une évolution que nous observons depuis le début du cycle, la conscience de Martin Beck va s'éveiller - ou plutôt se révéler - au monde et c'est ce qui rend tout à fait passionnante cette Chambre close. Pudique et maladroite, cette alliance fragile des contraires va atténuer le changement de ton du récit, désormais beaucoup plus noir et pessimiste.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/10/2006