L'abominable homme de Säffle

L
Maj Sjöwall & Per Wahlöö

L'abominable homme de Säffle

Suède (1971) – 10/18 (1987)

Titre original : Den Vedervärdige Mannen frän Säffle

Entré à l'hôpital alors qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre, le commissaire Nyman y est sauvagement assassiné à l'aide d'une baïonnette. C'est sans enthousiasme que commence l'enquête car la victime n'était pas un policier très apprécié des membres de la Brigade criminelle. Ancien militaire ayant eu Kollberg sous ses ordres, il fit principalement sa carrière dans le maintien de l'ordre. Beck découvre peu à peu le portrait d'un homme rigide dans ses certitudes, aux pulsions sadiques savamment utilisées par l'appareil d'état et dont les agissements violents furent toujours couverts par ce "satané esprit de corps". L'arrestation de son meurtrier ne se fera pas sans mal car Nyman n'était que le premier sur une liste qui comprend, également, le nom de Beck.

manifestationsC'est un livre âpre, sévère, sans aucune fioriture ni effet inutile. Un livre lourd, pesant, à l'image de ce qu'il entend dénoncer : les pratiques policières et les violences commises au nom d'un État de droit et/ou couvertes au nom d'un corporatisme ignorant le peuple qu'il doit pourtant servir.

Nyman n'est pas seulement un rouage indispensable dans le système répressif de l'appareil d'État, il est surtout celui qui est prêt à éliminer, de son propre chef, ceux qu'il pense être des déviants à la norme fixée, c'est-à-dire tous ceux que le modèle suédois rejette à ses marges, en nombre toujours croissant et qui peuplent tout Le roman d'un crime : vieux et pauvres (l'image de personnes mangeant de la nourriture pour animaux pour survivre est récurrente dans tout le cycle), étrangers, chômeurs, alcooliques, drogués, etc.

C'est pourquoi Martin Beck, le commissaire qui n'aime pas parler de politique mais dont les actes et réflexions sont toujours politiques, choisit d'affronter le meurtrier et sa propre mort comme un pardon demandé à ceux que cette machine policière fait et fera souffrir et dont il fait, et fera malgré tout, partie. Une réussite totale.

Voir également la chronique consacrée sur ce site à Mannen på taket (Un flic sur le toit), adaptation cinématographique du roman réalisée en 1976 par Bo Widerberg.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/10/2006