IV - L'automne à Cuba

I
Leonardo Padura

IV - L'automne à Cuba

Cuba (1998) – Métailié (1999)

Titre original : Paisaje de otoño
Traduction de René Solis et Mara Hernandez

Alors qu'un cyclone dévastateur menace l'île de Cuba, Mario Conde doit entreprendre une dernière enquête. S'il réussit dans les trois jours à découvrir le meurtrier de Miguel Forcade, sa démission sera acceptée. Cet ancien fonctionnaire au service des expropriations, qui avait fui à Madrid puis Miami quinze ans plus tôt, était rentré au pays pour voir son père mourant. On a retrouvé son cadavre flottant dans la baie, les génitoires arrachés par son meurtrier.

L'automne à Cuba est dominé par l'imminence de l'arrivée de cet ouragan qu'appelle de tous ses vœux Mario Conde. Métaphoriquement, il coïncide bien sûr avec ce changement d'identité que l'effondrement du monde soviétique impose à Cuba, en cette fin d'année 1989. Dans la continuité d'Électre à La Havane, qui constatait l'impuissance des Cubains à modifier eux-mêmes le cours de leur destin, l'ouragan de la félicité – Felix le bien nommé –, saura-t-il balayer la corruption et l'hypocrisie de ce monde ?

Leonardo Padura L'automne à CubaC'est une fois encore celles-ci que dénonce Leonardo Padura dans L'automne à Cuba, nous instruisant des magouilles liées aux expropriations qui eurent lieu à partir de 1961. La déclaration que le régime devenait marxiste-léniniste et le rapprochement avec l'URSS entrainèrent l'exode de toute la bourgeoisie cubaine qui abandonna derrière elle ses trésors.

Padura nous conte l'histoire d'un Matisse, de lampes Tiffany et d'un extraordinaire bouddha [1] aux senteurs de galions espagnols et de flibuste qui donne un petit côté merveilleux à cette fin d'époque. L'entretien entre le Conde et le vieux Forcade, dans le jardin familial, frôle d'ailleurs le fantastique quotidien à la Alejo Carpentier (dont Padura est spécialiste de l'œuvre) avec une indéniable réussite.

Côté commissariat, il est également temps de solder les comptes. Nous savions déjà depuis Électre que certains collègues en qui Mario avait toute confiance, qui étaient même ses amis, s'étaient révélés corrompus, entraînant la chute d'un major Rangel pourtant irréprochable. C'est sans hésitation ni regret que Mario renouvellera sa demande de démission après avoir résolu dans les temps l'affaire du meurtre de Miguel Forcade. Celle-ci sera acceptée avec les honneurs dûs à ses qualités d'enquêteur.

L'ouragan de la félicité ne peut s'arrêter là et disloque également le groupe d'amis du lycée de la Vibora. El Rojo choisit la foi tandis qu'Andrés préfère l'exil. La fin de L'automne à Cuba ressemble, pour tous ces anciens jeunes réunis une dernière fois chez Joséfina à l'occasion de l'anniversaire du Conde, à une véritable sortie de l'enfance, la prise en main de leurs destins. La période spéciale et les désillusions massives du peuple cubain peuvent commencer.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/08/2009



Notes :

[1] On ne peut s'empêcher de penser à Hammett, un des écrivains favoris de Padura, et son Faucon de Malte. Mario et Sam Spade partage de nombreux points communs.

Illustration de cette page : Bouddha de la période T'ang

Musique écoutée pendant l'élaboration de cette note : Uncaged de Sophie Alour. Galette Nocturne de 2007