Un homme exaspérant

U
K.C. Constantine

Un homme exaspérant

États-Unis (1988) – Rocher (1991)


Alors qu'il attend pour passer des examens médicaux, Mario est une nouvelle fois abordé par le vieil Albert Castelucci, dont le fils a été tué lors d'une rixe qu'il aurait, une fois encore, déclenchée. Mario connait bien la victime, Joey, et tout le monde à Rocksburg a au moins une anecdote sur lui et son tempérament étrange, violent, destructeur, suicidaire. Il n'en reste pas moins que son vieux est persuadé que la police d'État a salopé l'enquête et que Mario est le seul qui puisse y jeter un œil...

Deux romans non traduits séparent L'homme qui aimait les tomates tardives de celui-ci (Always a Body to Trade de 1983 et Upon Some Midnights Clear de 1985).

Pour une fois, Un homme exaspérant possède presque tous les attributs d'un roman policier classique, une enquête suivie d'un procès dont pourtant K.C. Constantine ne va pas mener le récit à terme... Les jeux sont déjà faits, justice ne sera pas rendue à Joey mais, surtout, justice peut-elle être rendue dans ce pays ?

L'auteur n'a de cesse, depuis son premier livre, de poser cette question. Commis hors des limites de la ville, ce meurtre avait échappé à Mario Balzic, qui doit donc se contenter ici de regarder passer et de dénoncer la médiocre justice étatsunienne.

kc constantine un homme exaspérant L'enquête, bâclée par un flic minable, ne va pas empêcher le D.A. de poursuivre le coupable du meurtre. Avec un bon avocat, ce dernier sera condamné à une peine ridicule et minimale en première instance, l'appel cassant ce maigre verdict. Dès lors, le meurtrier bénéficiera d'une impunité totale, rendant totalement inutile le témoignage tardif et plein de remords d'Itri, bouffi de morale chrétienne hypocrite. Nous sommes très loin de la vision idyllique donnée par les séries télévisées et les romans d'avocat.

Ce qui est vraiment dérangeant dans l'affaire est toutefois enfoui au plus profond de la communauté et dans le cœur des hommes. Comme le rappelle le vieux Castelucci, si l'on a laissé le médiocre Helfrick mener l'enquête, c'est tout simplement parce que Rocksburg avait déjà condamné Joey. Comme si sa fin violente était de toute façon inscrite dans son comportement erratique en société. C'est de cette justice là dont le vieux veut entendre parler, il exige que tous – à commencer par Balzic – reconnaissent leurs torts dans la condamnation a priori qu'ils font des gens. Même quand Mario découvre dans le passé les raisons de la personnalité troublée de Joey et la responsabilité du vieil homme, celui-ci continue de marteler son message.

Peu importe qui était Joey... Citoyen de cette ville et de ce pays, il avait le droit d'y vivre tel qu'il était et le droit à la justice pour sa mort inutile et cruelle... Comme pour enfoncer le clou, l'histoire personnelle de Mario qui longe le récit (impuissance, incapacité de communiquer avec Ruth, son épouse) lui rappellera ses propres fuites, évitements et mensonges.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/10/2006



Illustration de cette page : L'aciérie en plein cœur de Johnstown, autre ville ayant pu inspirer Constantine.