L'homme qui aimait se regarder

L
K.C. Constantine

L'homme qui aimait se regarder

États-Unis (1973) – Actes Sud (1989)


La chienne débile du nouveau chef de la police d'Etat de Rocksburg, le lieutenant Minyon, met à jour une section de tibia humain, lors d'une mémorable chasse aux faisans. L'os ayant été convenablement scié, le meurtre ne fait aucun doute. Mario, qui n'apprécie guère le lieutenant va prendre un peu d'avance dans l'enquête pour identifier la victime, à partir de la liste des personnes habituées à utiliser ces terrains de chasse. Il tombe bientôt sur une disparition suspecte, un ami drôlement fidèle et sa frangine très remontée contre le monde en général et les hommes en particulier...

constantine k.c. mario balzicC'est un livre d'oppositions. C'est un livre d'appartenance. Entre Balzic et le lieutenant Minyon – arrogant et raciste – s'engage une lutte de pouvoir, une guerre de territoire. Aussi Mario abandonne-t-il le terrain à Minyon, lui laissant affronter Rocksburg, seul. Esquivant les coups, menant en parallèle sa propre enquête, faisant jouer les amitiés anciennes et les ressentiments récents de tous les "polaks" insultés par Minyon, il permettra à Mo Valcanas de planter les banderilles et donnera lui-même, en résolvant à sa façon l'affaire, le coup de grâce.

Car Minyon n'est pas d'ici, pas plus que ne l'est Peluzzi, qui grandit pourtant à Rocksburg mais « manquait tant de respect à son père... » Rocksburg est un monde de valeurs surannées, l'amitié y a prix, le respect dû à l'autre aussi. Mais l'autre n'est pas l'Autre, le "nègre" est maintenu à la marge par un racisme ordinaire, le déviant, le non-conforme en est exclu s'il ne s'exclut lui-même. Ainsi de Janeski, victime de la victime, que Mario aidera à ne pas souffrir plus. Ainsi de Gallic, traître à l'amitié, traître à l'amour, traître à l'honneur, homme éparpillé par une femme bafouée et vengeresse...

Elle serait monstre autre part mais pas à Rocksburg, femme du clan de Balzic qui ne veut ajouter nouvelle humiliation à cette sœur humiliée... Justice est rendue loin de la Loi et Mario continue de régner sur son monde.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/10/2006



Illustration de cette page : Homme dans un miroir