Meurtriers sans visage

M
Henning Mankell

Meurtriers sans visage

Suède (1991) – Christian Bourgois (1994)

Titre original : Mördare utan ansikte
Traduction de Philippe Bouquet

Un couple de vieillards est attaqué et sauvagement torturé, en pleine nuit, dans la ferme isolée où il habite. La vieille femme survit quelques jours à l'agression et trouve la force de prononcer à plusieurs reprise le mot "étranger" avant de mourir. Conscients qu'il faut taire quelque temps ce renseignement qui risque de réveiller la xénophobie ambiante, les hommes du commissariat d'Ystad se lancent à la poursuite des assassins. Mais l'information fuit et un mystérieux correspondant informe Wallander que les étrangers - installés dans de nombreux camps de réfugiés dans toute la Scanie - paieront bientôt pour ce crime atroce.

Mankell YstadtIl s'agit d'un vrai bon roman, beaucoup plus court que tous ceux qui suivront, plutôt bien écrit, vivant, intéressant. Des seconds rôles consistants nous permettent d'échapper à l'ennuyeuse omnipotence wallanderienne qui se concrétisera dans les opus suivants. Ces seconds rôles plaisantent, parlent, ont une vie, ont des avis... Sur la police, sur les rapports avec les autres administrations, sur les étrangers, qui montrent la diversité d'opinions, les dysfonctionnements réels ou supposés de la Suède, le fait en tous les cas que ces gens vivent ensemble dans un espace commun et que ce n'est pas facile (nous sommes là dans la tradition d'écriture de Sjöwall et Wahlöö).

L'enquête est longue et difficile, plusieurs mois qui permettent de comprendre que la vie policière existe et continue "en dehors" de cette affaire. Rydberg, le mentor de Wallander, vieux chien de chasse que la maladie épuise, flaire à chaque fois les choses essentielles et les directions qu'il faut emprunter. Wallander, lui, a besoin de s'étourdir dans la traque autant que dans l'alcool, il a besoin que les affaires occupent les moindres interstices de sa vie pour ne pas avoir à affronter celle-ci.

La présence d'un Rydberg tout en patience et en humilité est un vrai garde-fou pour son élève. Wallander est tenace, impulsif, puéril, égoïste, égocentrique et violent. Il porte un regard sur le monde dans lequel il vit et il a la franchise de reconnaître qu'il n'y connaît finalement pas grand chose et qu'il lui faudrait s'informer pour mieux comprendre. Il n'en fera malheureusement rien.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/09/2006



Illustration de cette page : Vue d'Ystad