Les morts de la Saint-Jean

L
Henning Mankell

Les morts de la Saint-Jean

Suède (1997) – Seuil (2001)

Titre original : Steget efter
Traduction d'Anna Gibson

Trois jeunes gens ayant fêté ensemble la St Jean adressent dans le mois suivant à leurs parents des cartes postales de diverses villes d'Europe. Une mère prétend que l'une des cartes reçues imite l'écriture de sa fille mais personne au commissariat d'Ystad ne semble la prendre au sérieux. Il faudra que les cadavres décomposés des trois jeunes gens ressurgissent au même endroit et comme dans une réplique du repas de fête pour que l'équipe de Wallander s'attelle à la traque d'un fou meurtrier qui semble connaître admirablement ses victimes.

Troisième tueur en série d'affilée pour Wallander. A mon avis, il les attire... Où peut-être le climat de la Scanie est-il favorable à ce type de meurtrier ? [1]

Mankell Wallander Les morts de la St JeanJe comprends tout à fait les raisons poussant les gens à considérer ce livre comme un chef d'oeuvre. Je n'éprouve pour ma part aucune fascination pour la violence, notamment celle souvent complaisante pour les tueurs en série, véritable tarte à la crème des auteurs de polars depuis quelques années [2]. Ce meurtrier de la St Jean est un vrai méchant, tuant des innocents, et non l'instrument d'une vengeance contre des êtres abjects comme l'étaient le jeune Stefan ou la troublante Yvonne.

Après une centaine de pages, j'ai eu la terrible sensation d'avoir déjà lu pas mal de livres au contenu très voisin, notamment l'époustouflant Dragon rouge (1981) de Thomas Harris : même proximité du tueur aux victimes, même besoin de contrôle absolu, même croyance en l'invisibilité et à la surpuissance. Jusqu'au procédé, découvert à la fin par Wallander, pas très éloigné de celui utilisé par le tueur d'Harris pour choisir ses victimes. Toutefois, l'auteur du Silence des agneaux plongeait dans l'esprit troublé de tous les protagonistes, dans leurs doutes, dans leurs ambiguïtés, mettait en lumière la proximité et la réciprocité du profileur et du tueur, certainement parce qu'il avait mieux admis et compris le voisinage fragile entre violence et non-violence.

Mankell se contente de faire du Wallander, propre et carré, les bons d'un côté, les méchants de l'autre. L'histoire secrète et sombre de Svedberg, l'adjoint assassiné du commissaire qui vient se greffer sur l'histoire principale permettra d'éventuellement douter, un temps, de cette répartition des rôles.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/09/2006



Notes :

[1] Rappelons qu'en 2006, le FBI estimait le nombre de serial killers, pour l'ensemble du territoire des Etats-Unis, à une cinquantaine. La Scanie est donc statistiquement un terroir d'exception pour ce type de criminels.

[2] En fait, s'intéresser à cet aspect paroxistique (les tueurs de masse) mais finalement marginal par rapport à la violence quotidienne des sociétés permet de ne surtout jamais aborder vraiment les questions essentielles. Vision très conformiste permettant d'assurer au lecteur le fait que cette violence (théâtralisée, sacralisée) lui est toujours externe, comme s'il existait un "bon côté de la violence" où auteur et lecteurs se situeraient.

Illustration de cette page : Correspondance suédoise