La muraille invisible

L
Henning Mankell

La muraille invisible

Suède (1998) – Seuil (2002)

Titre original : Brandvägg
Traduction d'Anna Gibson

Deux adolescentes assassinent, de façon extrêmement violente, un chauffeur de taxi, sans raisons apparentes et sans éprouver ensuite le moindre remords. Dans la même nuit, un homme meurt subitement devant un guichet automatique de banque. Quelques heures plus tard, la plus âgée des adolescentes s'enfuit du commissariat alors que le cadavre de l'homme disparaît de la morgue. Le corps de la jeune fille est retrouvé, atrocement brûlé, dans un poste haute tension. Le cadavre de l'homme, lui, est mystérieusement retourné à son point de départ, le distributeur à billets.

La mise en réseau du monde est plutôt un bon thème. On peut s'irriter qu'elle soit principalement vue sous l'angle de sa vulnérabilité à la menace terroriste ce qui n'est, on le sait, qu'une partie du problème posé aux sociétés et, surtout, aux citoyens. Mais Mankell n'a besoin que d'un décor pour ses personnages.

Étranger à ce monde qui le dépasse totalement, mais ayant trouvé à quelques kilomètres d'Ystad un hacker d'envergure internationale susceptible de s'en occuper (la Scanie est décidément pleine de ressources !), Wallander occupe la scène de façon habituelle, le tueur professionnel insaisissable (mais qu'on attrape au final) et le grand génie du mal voulant mettre à terre le système financier international (mais il ne réussira pas son entreprise, juste faire perdre quelques points au Nikkei et au Hang Seng le lendemain) lui permettant cette nouvelle victoire - toute provisoire - du bien sur le mal.

Le meurtre du chauffeur de taxi, nouvelle expression d'une justice privée, ne fait pas progresser d'un iota ce que Mankell a à nous dire sur le thème. Lâché - que dis-je lâché ? trahi - par ses troupes, Wallander semble finalement heureux de passer le témoin à d'autres (sa fille, Martinsson). Je le suis également...

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/09/2006