L'homme qui souriait

L
Henning Mankell

L'homme qui souriait

Suède (1994) – Seuil (2005)

Titre original : Mannen som log
Traduction d'Anna Gibson

Sur une plage du Danemark, le commissaire Wallander tente de se remettre de sa dernière aventure (voir La lionne blanche) et se pose la question de son avenir au sein de la police d'Ystad. Il reçoit la visite d'un ami avocat, Sten Torstensson, dont le père, avocat lui aussi, est décédé dans un accident routier classé sans suite par la police, mais que lui estime avoir été provoqué. Wallander ne donne pas suite à la demande de son ami d'enquêter sur cette mort. De retour à Ystad et sa démission déjà dans la main, il apprend le meurtre du jeune avocat.

Dès les premières pages de L'homme qui souriait, Mankell crée une ambiance oppressante, poisseuse, qui ne se démentira pas jusqu'à la fin. Nous sommes là dans le milieu de la magouille financière et politique de haut niveau où la vie des gêneurs ne compte pas pour grand-chose.

La mort du vieux Torstensson qui ouvre le roman possède un caractère irréel, fantomatique et inéluctable plutôt réussi. Le personnel du château est décrit comme sans âme – ou plutôt un stéréotype d'âme qui rend tout ce petit monde interchangeable – et entièrement dévoué à la présence prégnante du Pouvoir (le magnat) ou de son incarnation violente (les gardes du corps), renforçant cette idée que les enquêteurs sont face à un “ autre monde ” inaccessible, dans lequel d'autres lois ont cours. Maintenant, cette dénonciation fait long feu, car Mankell n'a rien à en dire sauf des généralités.

Quant au problème laissé en suspens à la fin du roman précédent, il ne semble pas vraiment préoccuper l'auteur. Quand nous retrouvons Wallander sur la plage danoise où il s'est exilé depuis près d'un an, la question qu'il se pose est « comment trouver la force de continuer face à ce monde de plus en plus violent ? » Sjöwall et Wahlöö montraient bien la conscience qu'avait Martin Beck d'être (comme policier et comme être humain) une partie du problème mais Mankell/Wallander continue de présenter/voir la violence comme une entité extérieure implacable contre laquelle le policier doit lutter aussi implacablement. Y compris, apparemment, en transgressant les interdits de meurtre posés par la société quand celui qui détient la force l'estime nécessaire. Inconséquent et détestable...

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/09/2006