Un homme est tombé

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Tony Hillerman

Un homme est tombé

États-Unis (1996) – Rivages (2000)

Titre original : The Fallen Man
Traduction de Danièle et Pierre Bondil

Le squelette d'un homme disparu depuis onze ans est retrouvé au sommet de Tse bit'a'i, le monolithe volcanique sacré de Ship Rock. C'est Joe Leaphorn, désormais retraité, qui s'était occupé de l'affaire à l'époque. Pendant que Jim Chee, lieutenant intérimaire doit s'occuper de vols de bétail, le Légendaire Lieutenant va être chargé par la famille du défunt d'éclaircir les circonstances de sa mort. Les voies suivies par les deux policiers vont bientôt se croiser.

Les clowns sacrés représentaient – à mes yeux – une impasse des thématiques traditionnelles de Tony Hillerman, ce que semble confirmer cet Homme est tombé. Le décor parle encore pour notre auteur mais c'est à peu près tout. Cette histoire pourrait se situer n'importe où, les références au monde navajo étant devenues lapidaires, et il faut faire appel à ce que nous connaissons de Chee et de Leaphorn pour pouvoir retrouver un peu de ce qui était passionnant dans l'œuvre.

La partie consacrée au vol de bétail est loin d'être palpitante. On comprend pourquoi elle ennuie prodigieusement le lieutenant intérimaire Jim Chee et seule l'introduction d'un nouveau personnage, l'agent de police Bernie Manuelito, en Tony Hillerman Un homme est tombé relève un peu le niveau. L'histoire criminelle narrée dans Un homme est tombé est meilleure. Dans un contexte à nouveau marqué par les questions environnementales, elle permet à Hillerman d'établir une variation sur le thème du crime chez les Belagaana plutôt intéressante : le meurtre comme mauvais moyen pour défendre une juste cause face à la rapacité habituelle de Blancs détruisant tout pour l'argent et le pouvoir que cela procure. Toutefois, le chevaleresque final entre Leaphorn et le tueur pourra paraître, à certains lecteurs, déplacé, irréel voire grandiloquent.

Tony Hillerman règle ici plusieurs problèmes du cycle via la réintroduction du personnage de Mc Dermott, l'avocat séducteur de Janet Pete. Celui-ci permet de maintenir le désormais retraité [1] Leaphorn dans une certaine activité policière en l'engageant comme enquêteur privé mais il est surtout le ferment de la jalousie et de la discorde qui va permettre à Tony Hillerman d'expédier en trois coups de cuillère à pot le couple que Jim Chee formait avec Janet Pete. Cette dernière va disparaitre du paysage aussi vite que Mary Landon et pour des motifs quasi identiques, à savoir l'impossibilité de vivre loin du monde dans lequel elle a grandi. Malgré une résurgence de leur histoire dans Le premier aigle (le roman suivant) on peut s'étonner que Jim Chee passe si rapidement à autre chose – en fait, il s'intéresse déjà de très près à sa nouvelle collaboratrice Bernie Manuelito alors même que la rapide explication finale n'a pas eu lieu avec Janet –, mais Hillerman est sans doute plus à l'aise pour gérer les rencontres que les ruptures.

Un roman moyen, assez représentatif de ce que va devenir l'œuvre finale de Tony Hillerman : des histoires policières s'intéressant à des questions moins connotées, plus actuelles, dans lesquelles le "être indien" du départ devient anecdotique.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/11/2006



Notes :

[1] On remarquera qu'Hillerman n'a pas poursuivi la collaboration directe entre les deux policiers entamée dans le roman précédent.

Illustrations de cette page : Tse bit'a'i