Le vent sombre

L
Tony Hillerman

Le vent sombre

États-Unis (1982) – Rivages (1986)

Titre original : The Dark Wind
Traduction de Danièle et Pierre Bondil

Désireux de mettre la main sur l'homme qui sabote un moulin sur les anciennes terres communes Hopi-Navajo, Chee est présent lorsqu'un petit avion, certainement de passeurs de drogue, se crashe en plein nuit au fond d'un wash proche. Il n'a pas vu l'accident mais est témoin de bien des choses ensuite - meurtre, disparitions - ce qui le rend immédiatement suspect aux yeux d'un agent de la DEA qui voudrait bien récupérer la marchandise. Ajoutez à cela le cambriolage d'un comptoir d'échanges proche par un repris de justice navajo et la découverte, sur Black Mesa d'un cadavre décomposé dont le Sergent doit déterminer l'identité ! Mieux vaut pour Chee passer beaucoup de temps sur le terrain, au contact d'une culture hopi qui continue de considérer les membres du Diné avec méfiance et dans le voisinage de blancs qui se soucient fort peu de la vie humaine...

hillerman vent sombreCes multiples affaires, qui comme les arroyos après l'orage convergeront pour n'en faire qu'une, obligent Chee à être en permanence sur le terrain, dans la splendeur désertique de l'ouest de la Grande Réserve, sur les terres autrefois disputées entre Hopitu et Diné [1]. En l'y voyant vivre, nous comprenons mieux comment et pourquoi le Navajo traditionnaliste qu'il est fonctionne pour trouver l'harmonie en et avec toute chose. Les rituels qui parsèment sa vie quotidienne et sa recherche de la vérité en tant que policier sont deux facettes d'un unique but : rendre la sérennité au monde, ne laisser aucune question sans réponse, faire disparaître tout ce qui peut perturber la vie du Peuple.

Tout ceci est accompli avec une lenteur obligée, née tant des dangers et besoins de l'enquête que du rythme propre à la pensée navajo, qui est très bien rendue par l'écriture de Tony Hillerman. Ce temps suspendu est d'abord celui du respect : la nature ne livre les traces que lorsqu'elle le souhaite, il faut savoir l'attendre avec patience. Le vieux gardien hopi du sanctuaire n'accepte de parler que quand il le le juge bon, quand la confiance est suffisante, quand les oreilles et le cœur sont prêts à entendre. Tout ceci est très naturel pour Chee, beaucoup plus que le respect qu'il doit, en tant que policier, aux différentes autorités (Largo, les policiers fédéraux). De cette inaptitude, de cette insoumission, viendront la plupart de ses problèmes, présents et à venir.

Récit policier et vie navajo se mêlent avec bonheur dans Le vent sombre, le tragique point culminant de l'histoire étant mis en scène avec une virtuosité toute cinématographique par Hillerman. La pluie d'orage appelée par les peuples pueblos, qui s'abat sur la mesa lors de l'affrontement final, donnera à nouveau l'espoir de la vie et nettoiera le vent sombre, ce souffle mauvais qui envahit le cœur des hommes et qui les pousse à contrevenir à l'harmonie et à la Beauté du monde.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/11/2006



Notes :

[1] Les Hopis (Hopitu, le peuple paisible) se sont installés en Arizona aux alentours de 500 avant notre ère. L'arrivée des Navajos dans la région est beaucoup plus récente, XV° siècle environ, en provenance des zones athapascanes de l'Ouest du Canada. Le territoire historique hopi s'est trouvée englobé dans la réserve navajo, à l'ouest de celle-ci, la région périphérique aux trois mesas hopies devenant une zone commune source de nombreuses frictions. Au début du roman, la plus grande partie de ces terres communes est définitivement rendue aux Hopis, obligeant au départ une dizaine de milliers de Navajos.

Illustration de cette page : Femmes hopi en costume traditionnel