Le vent qui gémit

L
Tony Hillerman

Le vent qui gémit

États-Unis (2002) – Rivages (2006)

Titre original : The Wailing Wind
Traduction de Danièle et Pierre Bondil

Trop préoccupée par ses pensées contradictoires à propos du sergent Chee, l'agent de la Police tribale navajo Bernie Manuelito piétine une scène de crime et s'empare d'une preuve matérielle... qui se retrouve entre les mains de Jim, soucieux d'éviter des sanctions à la jeune femme. Celui-ci ne trouve pas d'autre solution pour faire parvenir cette preuve au FBI que de faire appel à son ancien supérieur, le Légendaire Lieutenant. Il se trouve que ce nouveau meurtre a un rapport certain avec une affaire ancienne que Joe Leaphorn n'avait jamais considérée comme close.

Après trois ans d'absence, notre sympathique petite tribu revient pour une histoire dans laquelle Bernie occupe à présent la place dévolue à Jim au début du cycle (traditionaliste, intelligente, individualiste, entêtée, amoureuse) y compris dans la relation qu'elle entretient avec hosteen Yellow, son oncle maternel, qui semble calquée sur celle entre Chee et hosteen Frank Sam Nakai. Le personnage de Jim Chee a glissé vers le rôle que tenait à son égard Joe Leaphorn, mais sans vraiment redevenir consistant. Le Légendaire Lieutenant – doublé de Louisa Bourebonette – tient une place de vieux flic devenue habituelle et c'est sur lui que va se concentrer Tony Hillerman.

Dans Le vent qui gémit, on constate d'étroites similitudes avec la matière utilisée dans Coyote attend : fond légendaire de l'Ouest, folie du trésor perdu, transgression violente de la part d'un vieux chanteur traditionaliste, hésitation de Chee sur la culpabilité de ce hataali. Mais Hillerman traite ces points sans la délicieuse ambiguïté ni les enjeux symboliques de son précédent roman car ce qui l'intéresse le plus, c'est la punition (divine ?) du vrai méchant, Wiley Denton. La figure d'innocence et de pureté de l'épouse sacrifiée à la folie de son époux, à qui elle conserve - dans son ignorance - tout son amour, ajoute à la démonstration un côté mélo pas désagréable.

tony hillerman le vent qui gémitSoucieux de garder l'image culturelle qui colle à sa production, Hillerman introduit une légende d'origine mexicaine (la femme qui gémit) qui, combinée à la fête d'Halloween, confère un petit aspect surnaturel à l'histoire. Il est cependant peu probable qu'un balladeur à oreillettes puisse produire une musique audible, qui plus est à travers les parois de béton d'un blockhaus mais, bon... Fort Wingate permet de rappeller l'épisode le plus sombre de l'histoire du Diné, celui de la déportation de ce qui restait du Peuple à Bosque Redondo (Hwééldi). Le fort était au cœur du dispositif de contrôle des bandes navajos. Après avoir mené son impitoyable politique de la terre brûlée en 1862-1863, le colonel Christopher "Kit" Carson - misérable héros amerlocain - y reçut la reddition du Peuple qui, de là, partit pour sa Longue Marche jusqu'à Fort Sumner. Quant aux histoires de mines d'or perdues (Lost Adam's diggings, Lost Dutchman), elles continuent d'alimenter une abondante littérature et d'attiser toutes les convoitises (avec morts à la clé).

Le vent qui gémit – chasse à la vérité sur fond de chasse au trésor (la réunion des quatre héros chez Leaphorn fait penser au Club des cinq) –, est un polar plutôt malin mais pas inoubliable.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/11/2006



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