Le peuple des ténèbres

L
Tony Hillerman

Le peuple des ténèbres

États-Unis (1980) – Rivages (2004)

Titre original : People of Darkness
Traduction de Danièle et Pierre Bondil

Le sergent Jim Chee vient d'être nommé à la sous-agence de Crownpoint de la Police Tribale. Il attend là son prochain départ pour l'académie du FBI, en Virginie, dont il a réussi le concours d'entrée. La femme d'un célèbre millionnaire fait appel à lui pour retrouver un coffre de souvenirs qu'un voleur a dérobé dans sa maison, car cela aurait trait à la religion dont Chee serait un spécialiste. Le sergent se retrouve plongé au cœur de rivalités anciennes et de disparitions récentes. Amené à s'intéresser à l'une des chapelles du culte du peyotl, son chemin croise bientôt celui de Mary Landon, la jolie et blonde institutrice de Crownpoint mais aussi celui d'un tueur à gages particulièrement dangereux. Bientôt, Mary et lui vont devenir la cible du sociopathe.

Le Jim Chee que nous propose Hillerman pour cette première aventure [1] n'a pas encore son profil définitif même si l'on trouve déjà en lui ce personnage prisonnier entre deux mondes, celui de la tradition navajo qu'il tente de suivre en devenant hataali et celui de la modernité amerlocaine, blanche, symbolisée par sa possible entrée à l'académie du FBI et sa rencontre avec son premier flirt, l'institutrice Mary Landon. Comme dans le premier Leaphorn, Tony Hillerman nous propose une opposition radicale entre le point de vue navajo - donné par Chee - et la culture blanchehillerman peuple des ténèbres et ses valeurs portées par les Vines, le shérif Gordo Sena et évidemment Mary.

Mais le personnage central du roman reste le tueur, Colton Wolf le bien-nommé [2], machine à détruire sans scrupules qui se présente comme l'antithèse de Chee. Ce prédateur blanc tue sans autre nécessité que l'argent, qui lui sert à poursuivre le rêve d'une mère aimante d'autant plus inaccessible qu'elle n'a jamais existé comme telle. Il vit seul, totalement isolé du monde, corseté dans un ensemble de règles et de rituels maniaques qui n'ont d'autre intérêt que de lui faire croire à sa sur-puissance par le contrôle qu'il aurait sur et de toutes choses.

Jim Chee vit lui aussi dans un ensemble de règles qu'il évoque à toute occasion, mais ces règles sont là pour lui rappeler la raison de sa présence dans l'univers, les conditions de son union avec lui, dans son clan, dans son Peuple. Dans la longue traque qui va mêler le destin des deux hommes, Jim Chee n'est jamais seul. Ce sont toute la sagesse, la force, le courage et l'habileté du Peuple qu'il peut invoquer par un chant, la communion avec la beauté d'un paysage, une trace inhabituelle, une chouette qui s'envole sans raison apparente...

Le peuple des Ténèbres fait référence à la petite secte d'adorateurs du peyotl, créée autour de Dillon Charley. Mais on pourrait tout aussi bien nommer ainsi l'ensemble des protagonistes blancs de cette histoire, adorateurs du dollar et meurtriers...

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/11/2006



>Notes :

[1] Ce roman a d'abord été publié chez Gallimard sous le titre Le peuple de l'ombre, version tronquée, médiocrement traduite et apparemment reniée par Hillerman. Toujours éditée chez Folio, c'est une version qu'effectivement, il est préférable d'éviter.

[2] Wolf fait écho au Loup navajo ou Porteur-de-peau, qui est l'incarnation du mal absolu pour le Diné. Les Loups ou sorciers sont ceux qui rejettent de façon volontaire l'enseignement et les prescriptions donnés au Peuple par la Femme-Changeante, seul personnage totalement bon de la cosmogonie navajo.

Illustration de cette page : Vieille femme navajo