La Voie du fantôme

L
Tony Hillerman

La Voie du fantôme

États-Unis (1985) – Rivages (1987)

Titre original : The Ghostway
Traduction de Danièle et Pierre Bondil

Chee est chargé de conduire le FBI jusqu'au hogan de Grand-Père Begay, soupçonné d'avoir recueilli son neveu Albert Gorman. Celui-ci, délinquant recherché de L.A., a été blessé dans un échange de tirs sur un parking de Shiprock. Mais il n'y a plus personne dans le hogan, désormais chindi et Chee ne tarde pas à découvrir le corps de Gorman préparé selon les rites funéraires du Peuple. Outre l'absence d'hosteen Begay, plusieurs détails tracassent le sergent, qui fait part de ses soupçons au capitaine Largo. Ce dernier est d'autant plus attentif que la jeune Margaret Sosi, la petite-fille de grand-père Begay, vient de disparaître. Il charge Chee de la retrouver, ce qui conduira celui-ci jusqu'à Los Angeles, là où survivent dans le dénuement le plus total des Navajos déplacés pendant la Grande Crise.

Qu'est-ce qu'être Navajo ? C'est la question située en arrière-plan du roman. Jim Chee et Mary Landon ont fait des projets d'avenir mais ils ne coïncident pas et l'un des deux, forcément, devra faire un choix déchirant. Peut-on rester Navajo loin de la Réserve ? Chee va trouver un certain nombre de réponses à cette question pendant sa recherche de Margaret Sosi à Los Angeles.

hillerman la voie du fantômeSon immersion dans ce monde urbain sans humanité, où ont grandi, loin d'hózhó, les frères Gorman et dans lequel survivent, comme momifiées, les deux femmes du Clan du Dindon, n'est guère encourageante. Alors l'amour d'une femme peut-il l'emporter sur l'amour d'un clan, d'un peuple, d'une Terre ? La réponse saute aux yeux du lecteur dans les pages racontant la visite que fait Chee à hosteen Frank Sam Nakaï. La partie "culturelle" du roman, conclue sur l'exécution d'une Voie du Fantôme, est très intéressante s'agissant du rapport particulier qu'entretient le Diné avec la superstition et la mort. Bien qu'il envisage de façon très lucide, logique, moderne la problématique du chindi, Jim Chee ne peut contrôler le vieux fond navajo qui est le sien [1].

La partie proprement policière est un ton en dessous des précédents romans d'Hillerman, sans doute du fait de sa délocalisation à LA. Chee se frotte à une délinquance que nous connaissons par ailleurs, avec des archétypes sans doute mieux traités par d'autres auteurs. Grâce à sa patience, sa courtoisie et au respect que les gens du Diné accordent aux personnes âgées, Chee obtiendra de la part du vieux et malade Mr Berger des renseignements capitaux mais c'est le seul fait vraiment marquant de l'intrigue, avec bien entendu la pirouette finale qui donne la clé de tous ces évènements.

Dans ses motivations, l'exécuteur Vaggan reste assez proche de Colton Wolf, le tueur du Peuple des Ténèbres, la dimension sadique du personnage ajoutant encore au contraste que Tony Hillerman aime introduire entre les deux mondes. Malheureusement, on a grand-peine à accepter qu'une telle machine à tuer se fasse surprendre deux fois par la même improbable personne.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/11/2006



Notes :

[1] La situation est très voisine de celle abordée par Arthur Upfield, s'agissant de l'inspecteur Bonaparte, dans le chef d'œuvre qu'est le roman L'os est pointé (1947) chez 10/18.

Illustration de cette page : un hogan chindi