La Voie de l'ennemi

L
Tony Hillerman

La Voie de l'ennemi

États-Unis (1970) – Rivages (1990)

Titre original : The Blessing Way
Traduction par Danièle et Pierre Bondil

Pour avoir donné un coup de couteau à un homme lors d'une rixe, un jeune Navajo nommé Horseman se cache quelque temps dans la zone désertique proche de son clan. Quelques jours après que le lieutenant Leaphorn, de la police tribale navajo, ait fait passé le message que l'homme blessé était tiré d'affaire et que Horseman ferait mieux de prendre contact avec la police, le corps du jeune homme est retrouvé sur le bord d'une route, très loin de l'endroit où il s'était caché. Leaphorn et son ami, le professeur McKee, doutent que cette mort soit très naturelle d'autant que, dans le même temps, la rumeur de la présence d'un Porteur-de-peau enfle dans ce coin de la Réserve.

Ce premier roman de Hillerman n'est vraiment pas la meilleure façon d'entrer dans le cycle. Il ne fut d'ailleurs publié qu'assez tardivement chez Rivages (en sixième position) et quatre ans après Là où dansent les morts, véritable point de départ de l'œuvre. En effet, et à la relecture c'est encore plus évident, La voie de l'ennemi est une histoire de blanc en Terre indienne (en l'occurrence, Tony Hillerman Voie de l'ennemile vrai héros est le Professeur McKee, Leaphorn - le flic navajo - est un seconde rôle, important mais second rôle quand même) qui souffre de nombreux défauts.

On sent rapidement que Tony Hillerman se laisse envahir par tout ce qu'il a à dire sur la culture navajo, sur les paysages de la Réserve, sur les façons d'y vivre. Cette densité d'informations (pas toujours très justes) étouffe dès les premières pages, qui voient un Horseman, en total décalage avec ses racines, tenter d'organiser sa survie sur les contreforts des Lukachukai. Comme peu d'explications figurent finalement en annexe, le lecteur se trouve submergé de références à la cosmogonie, aux tabous, au mode de vie navajos qui peuvent se montrer fort décourageantes. La description des derniers moments de 'Anaa'jí (la Voie de l'ennemi), plat de résistance "culturel", est tout à fait artificielle, comme un compte-rendu de brochure touristique.

Par la suite, sans en dire beaucoup plus, Hillerman trouvera un ton plus convaincant pour nous décrire ces cérémonies. Toute la scène finale dans le canyon des Ruines-nombreuses est, par contre, parfaitement réussie et montre les dispositions d'Hillerman pour conduire un suspense et son habileté à utiliser les espaces pour y déployer son action.

La couleur locale est donc présente dans cette Voie de l'ennemi, mais l'alchimie qui va faire l'exceptionnelle qualité de l'œuvre d'Hillerman - quand il se mettra au service de cette culture et pas l'inverse - n'est pas encore trouvée.

Chroniqué par Philippe Cottet le 01/11/2006



Illustration de cette page : Jeune navajo